Faire du sport quand on est obèse : pourquoi et comment ?

Se mettre au sport quand on souffre d'obésité, ce n'est pas ce qu’il y a de plus simple. On craint le regard des autres, on ne sait quel sport choisir, comment se faire accompagner...
Découvrez les conseils de Sébastien, touché par l'obésité, et de professionnels de la santé.

Faire du sport quand on est obèse : pourquoi et comment ?

L'obésité est encore trop souvent incomprise ou mal perçue. Beaucoup peuvent penser que c'est nécessairement un problème de comportement alimentaire mais cela va bien au-delà. Pour vaincre ces a priori et vous donner les conseils adaptés, nous sommes partis à la rencontre de personnes concernées et expertes dans le sujet. Découvrez le témoignage de Sébastien, à la joie de vivre exemplaire, et des professionnels de l'activité physique adaptée qui l'accompagnent.

Avant, faire des petits gestes tout simples, me baisser pour faire mes lacets à 171 kilos c’était inimaginable, aujourd’hui j’arrive à le faire. Aller faire du vélo avec mes neveux, mes nièces, des amis, porter mes courses… Je me disais que je ne pourrai jamais le faire. On revit ! J’ai toujours gardé le sourire pour ne rien lâcher !

NOTRE REPORTAGE VIDÉO SUR L'OBÉSITÉ ET L'ACTIVITÉ PHYSIQUE ADAPTÉE

Découvrez les sourires de Sébastien, Maxime, Mélanie, Marie, Julie et Jad en images, à travers notre reportage vidéo.

Sébastien l'a bien dit, son sourire, il ne l'a pas lâché tout le long de notre rencontre au centre sport santé Mybodynov de Montpellier. Il tenait à faire passer les bons messages et à conseiller les personnes qui vivent la même situation.
Montrer que c'est possible, avec du courage oui, mais beaucoup de plaisir et de belles rencontres.

Faire du sport quand on est obèse : pourquoi et comment ?


Avant de vous partager la suite de son témoignage intéressons-nous au cœur du sujet, l'obésité, qu'est-ce que c'est ?

Marie Collignon, kinésithérapeute spécialisée dans la prise en charge des personnes en obésité, avant ou après une chirurgie, nous répond.

Faire du sport quand on est obèse : pourquoi et comment ?

Qu'est-ce que l'obésité ?

Marie : "L’obésité, c’est une maladie chronique métabolique qui touche 17% de la population française. Chez ces personnnes, on retrouve une accumulation de graisse au niveau du corps qui est anormale."

Selon l’étude ObÉpi-Roche menée par la ligue contre l’obésité, en 2020, 17% de la population française des plus de 18 ans souffre de l’obésité et plus de la moitié de la population en France souffre de surpoids ou d’obésité.
Autrement dit, presque 8,5 millions de personnes sont concernées par l’obésité et aujourd’hui la prise en charge n’est pas suffisante pour cette pathologie et le regard encore trop discriminant. L’obésité n’est toujours pas reconnue comme une affection de longue durée au même titre que le diabète ou les pathologies cardio-vasculaires.

Quelle est la différence entre surpoids et obésité ?

Marie : "Il y a le barème de l’IMC : le poids divisé par la taille au carré, c’est ce chiffre qui va indiquer si la personne est en surpoids ou en obésité.
La limite est à 25, jusqu’à 25 on est en IMC normale, au delà de 25 on entre en surpoids et ensuite à partir de 30 on est en obésité.

Il y a plusieurs grades d’obésité, 1, 2 et 3. Le grade 3 correspond à l’obésité morbide, à partir d’un IMC à 40, avec des comorbidités. Les comorbidités, ça peut être des problèmes ostéo articulaires (des douleurs au niveau des articulations), au niveau des muscles, des problèmes d'arthrose, de diabète, d’apnée du sommeil..."

Quelles sont les causes de l’obésité ? 

Marie : "Ce n’est pas la faute des personnes obèses si elles souffrent de la maladie. Certes, il y a souvent un problème alimentaire, mais il y a surtout un passif de la personne, au niveau social, culturel, mais aussi des soucis métaboliques ou psychologiques. Et ça malheureusement, ce n’est que du médical, il faut traiter ces problèmes là pour pouvoir entamer une perte de poids efficace."

Y a-t-il des signes d’alerte de l'obésité ?

Marie : "Si une personne se sent essoufflée, si elle a des douleurs, je l’encourage à en parler à un professionnel de santé.

Il faut se sentir bien dans son corps, l'idée de se mettre à une activité physique doit venir de la personne, on ne peut pas forcer quelqu’un à entamer un processus de perte de poids, à commencer une activité physique. C’est aussi à nous d’en parler dans les cabinets. De plus en plus de professionnels commencent à être formés aux problèmes de surpoids et d’obésité. Donc au moindre signe, il ne faut pas hésiter à en parler à son médecin, à son kiné.

DES BONNES PRATIQUES À ADOPTER POUR LES PERSONNES OBÈSES ?

Je leur conseille d’aller marcher, de faire une activité qui leur plaise. Et la faire à une intensité relativement faible. Pour une personne qui commence l’activité physique, il vaut mieux rester à une fréquence cardiaque basse et pratiquer un peu plus longtemps, surtout s’il y a une situation d’obésité ou de surpoids. Ça ne sert à rien de faire un exercice très intense et court, on n’obtiendra pas du tout ce qu’on veut. Si la fréquence cardiaque est trop élevée pendant l'exercice, on va utiliser les sucres et déclencher un phénomène de faim.

L'idée est que le·a patient·e puisse tenir une conversation pendant l’effort mais être un peu essoufflé·e. C’est la fréquence cardiaque à laquelle il·elle va utiliser le plus de graisse, le plus de lipides et qui va être le plus efficace pour sa perte de poids.


Après une période de réadaptation physique et après avis de professionnels médicaux et de bilans complets, un autre type d’activité physique pourra être proposé à une plus haute fréquence cardiaque.

Peut-on sortir de l'obésité sans opération ?

Marie : "On peut sortir de l’obésité sans opération, mais c’est une maladie chronique, donc sur le long terme. Il faut être conscient qu’il faudra maintenir une activité physique régulière. On peut en sortir sans passer par la chirurgie, après, le traitement chirurgical reste le seul traitement vraiment très efficace contre de l'obésité morbide. Les patient⸱es sont éligibles à la chirurgie à partir d’un IMC à 40 (obésité morbide) ou à 35 avec des comorbidités."

Quel est l’accompagnement d’un kinésithérapeute pour une personne obèse ?

Marie : "Le but d’un kinésithérapeute, ça va être de prendre en charge la personne obèse dans sa globalité, de traiter principalement les douleurs et les dysfonctions. Quand on est en surcharge pondérale, des modifications de posture s’établissent quand on perd beaucoup de poids.
Les changements au niveau de la posture entraînent des douleurs qui n’étaient pas forcément là avant. Nous sommes aussi là pour accompagner la personne s’il y a des questions, des peurs, tout au long de son parcours."

L'activité physique adaptée : quand et comment commencer ? 

Marie : "Au début je prends en charge les patients pour 20 ou 30 séances de kinésithérapie, ensuite je les envoie vers des enseignant⸱es en activité physique adaptée dans des centres comme Mybodynov.

Au début de la perte de poids il y a beaucoup de douleurs qui s’installent - principalement au niveau du dos, des genoux, des chevilles et des hanches - et l’objectif, c’est de traiter ces douleurs pour qu’ensuite le ou la patient⸱e puisse reprendre une activité physique et non "sportive", en toute sérénité. Qu’il ou elle puisse voir les mouvements à faire ou à ne pas faire, les mouvements qui vont lui faire mal, les mouvements à faire si jamais il y a une douleur qui apparaît ou pas... Le but est que la personne souffrant d'obésité soit maîtresse de son corps et qu’elle puisse gérer ses douleurs."

Faire du sport quand on est obèse : pourquoi et comment ?

C'est au centre Mybodynov de Montpellier que Sébastien à commencé son parcours. Maxime, le responsable, nous le présente ce centre sport-santé.

Faire du sport quand on est obèse : pourquoi et comment ?

Maxime : "Mybodynov est un centre spécialisé sport santé et mieux-être sur Montpelliernous prenons en charge sur prescription médicale des patient⸱es atteint⸱es de maladies chroniques pour faire de l'activité physique adaptée. Des personnes souffrant de diabète, cancer, obésité, ou d’autres pathologies qui nécessitent une prise en charge spécifique.

Pour les accompagner, on a trois enseignant⸱es APA (activité physique adaptée), et une socio esthéticienne.

Au centre, la pratique de l'activité physique adaptée se fait sur plusieurs espaces : salle de stretching, étirement, travail au sol, une partie avec les machines et un espace de balnéothérapie.
Il y aussi une partie bilan. On prend charge les patient⸱es pour effectuer des tests de condition physique qui seront envoyés au médecin prescripteur pour qu’il puisse suivre leur patient : balance à impédancemétrie*, test de condition physique, une anamnèse... Et ça de manière régulière, tout au long de l’année pour qu’il y ait un réel suivi optimal entre le patient, le médecin prescripteur et Mybodynov.
Les patient⸱es sont en permanence accompagné⸱es d'un⸱e enseignant⸱e APA avec le matériel adapté. L'objectif d'un centre comme Mybodynov et de permettre d’améliorer la qualité de vie des patients."
*La Balance à impédancemétrie différencie les masses corporelles : musculaire, maigre et grasse. Elle va permettre de mesurer l'évolution.

D’autres centres privés comme celui-ci existent ailleurs en France mais aussi des “maisons sport-santé”, labellisées par le ministère chargé des Sports.
Retrouvez la maison sport-santé la plus proche de chez vous sur le site du gouvernement.

Sébastien, qu’est-ce que l'activité physique vous apporte au quotidien ?

Sébastien : "Faire des petits gestes tout simples, me baisser pour faire mes lacets à 171 kilos c’était inimaginable. Aller faire du vélo avec mes neveux, mes nièces, des amis, porter ses courses…  Avant, je me disais que je ne pourrai jamais le faire. Maintenant j’y arrive, je revis !”


Qui de mieux que des enseignant⸱es en activité physique adaptée pour nous informer davantage sur le sujet ? Julie et Jad, tous deux travaillant au centre sport santé Mybodynov répondent à nos questions.

Julie Poutissou est enseignante en activité physique adaptée et maître nageur, ce qui lui permet d'accompagner les patient⸱es en séance de balnéothérapie. Elle a travaillé dans des cliniques intégrées de l’obésité avec une prise en charge en éducation thérapeutique.

Faire du sport quand on est obèse : pourquoi et comment ?

Jad Noureldine est lui aussi enseignant en activité physique adaptée. De par son master, il s'est spécialisé dans l’obésité et la chirurgie. Il a travaillé avec des personnes en situation d'obésité dans des structures spécialisées.

Faire du sport quand on est obèse : pourquoi et comment ?

En quoi consiste votre métier d'enseignant⸱e APA ?

Julie : "L'APA, c’est avant tout de la prévention pour limiter la sédentarité et améliorer la qualité de vie de la personne en situation d’obésité."

Jad : "C’est aussi être à l’écoute. Les personnes qui viennent au centre ou qui n’ont jamais fait d’activité physique ont beaucoup d'appréhension. On y va progressivement, en douceur, pour adapter l'activité physique au quotidien."

Quelle est la différence entre le "sport adapté" et "l'activité physique adaptée" ? 

Julie : "Le sport adapté c’est essentiellement pour les personnes déficientes intellectuelles, il y a aussi le côté compétition, c’est plus fédéral."

Jad : "Alors que l’activité physique adaptée, ça peut être dans la vie de tous les jours, se déplacer à vélo, nager, marcher, c’est différent du “sport” avec un club, des règles, etc."

Qu'est-ce que l’activité physique adaptée apporte aux personnes obèses ? 

Julie : "Dans un premier temps on leur propose un bilan, on discute avec elles de leurs douleurs, leur problématique et on leur fait faire des tests de condition physique pour voir où elles en sont.
Après on fonctionne sur leur ressenti, on va essayer de faire un mix entre ce dont elles ont envie, leurs besoins, et nous ce qu’on estime à travers les tests de condition physique."

Jad : “La beauté du métier c'est aussi quand les patient⸱es nous partagent leurs  victoires du quotidien : une personne qui va pouvoir aller marcher avec ses petits enfants, lacer ses chaussures, monter les escaliers sans être essoufflée... C’est formidable de les voir s’épanouir plus dans leur vie de tous les jours. On se sent utiles."

Julie : "C’est aussi la personne qui a mis très longtemps à franchir le pas de la porte et qui après quelques semaines est demandeuse et prend plaisir. Je rajouterais même que ce sont souvent des personnes isolées socialement, seules, et d’être entourées d’autres personnes, on les voit s’ouvrir, communiquer et ça aussi c’est vraiment intéressant."

COMMENT SE PASSENT LES EXERCICES D'ACTIVITÉ PHYSIQUE ADAPTÉE ?

Jad : "On a mis en place une routine pour que les patient⸱es aient des habitudes de mise en route avec de l’activation musculaire, articulaire et du travail cardio-respiratoire avec les machines : tapis, vélo ou vélo elliptique.
À partir de là, la séance peut se diviser en plusieurs parties :

- La partie cardio, centrale pour la prise en charge d’une personne en situation d’obésité ou de surpoids. Dans le sens où elle permet de dépenser des calories, même si on n’aime pas trop ce terme, mais c’est ce qui est nécessaire. On peut adapter la partie cardio sur le temps de travail, l’intensité et le rythme. 

Faire du sport quand on est obèse : pourquoi et comment ?

- La partie renforcement musculaire, très importante aussi. Elle fait partie de la continuité de la dépense énergétique, souvent connotée comme une prise de masse, prise de volume alors qu’en fait pas du tout. On travaille de façon à ce que la personne puisse travailler en endurance et en force et pas en volume musculaire.

Là encore, on adapte les exercices, par exemple pour le gainage, au lieu de le faire au sol, sur les genoux, on va le faire sur un tapis surélevé pour les genoux, et les coudes viennent s’appuyer sur une chaise. Les machines aussi sont adaptées aux personnes en situation d’obésité.