Quand la prescription médicale... c'est du sport

Depuis que la loi permet aux médecins de prescrire de l’activité physique à leurs patients, la pratique du sport-santé progresse en France. Ses effets sur les affections de longue durée, comme le cancer, le diabète ou la dépression, sont remarquables. Ne reste plus qu’à le faire savoir !

Quand la prescription médicale... c'est du sport

« Je vous mets 1 boite de paracétamol et 10 séances de course à pied ! »

Une telle prescription médicale en surprendrait plus d’un… Et pourtant, on l’ignore encore souvent, les médecins peuvent inscrire du sport sur nos ordonnances. Ce qui semblait jadis une drôle idée (se soigner en legging et chaussures de running) est aujourd’hui une réalité.
Le sport sur ordonnance fête même officiellement ses 5 ans cette année (en 2021), puisqu’il est apparu pour la toute première fois dans la Loi de modernisation de notre système de santé de janvier 2016 (entrée en vigueur le 1er mars 2017). La France rattrapait ainsi son retard, au moment où le « sport-santé » était déjà abondement pratiqué à l’étranger, comme au Canada, en Italie ou en Allemagne.

Sport ou APA (activité physique adaptée) ?

L’idée est simple : puisque le sport est un traitement efficace contre une foule de maladies, pourquoi ne pas le prescrire sur ordonnance, au même titre que les médicaments et autres traitements thérapeutiques ?

Il faut dire que la science, ces dernières années, a bien progressé pour valider les effets de ce que les pros préfèrent appeler l’« activité physique adaptée (APA) » (plutôt que « sport », même si les notions sont proches).

Les chercheurs ont si bien travaillé qu’aujourd’hui, le doute n’est plus permis : l’activité physique un traitement hyper efficace pour bien des pathologies. « De nombreuses revues de la littérature, rapports et recommandations ont été publiés en France et à l’étranger sur les bienfaits de l’activité physique (AP) sur la santé, d’abord en population générale, puis pour différentes maladies chroniques et états de santé », rappelle ainsi la Haute autorité de santé (HAS) dans son guide paru en 2018.

Quand la prescription médicale... c'est du sport

Dans de nombreux cas, la première chose à faire est justement de s’activer. En particulier en cas de maladie chronique. Un mal qui touche tout de même… 20 millions de Français.

Faire du sport lorsqu’on est malade ? Longtemps, cette idée a gêné les patients comme les médecins.
Il faut dire que la prescription est un poil contre-intuitive : dans l’esprit de beaucoup d’entre nous, si tu es patraque, tu te reposes. Les médecins eux-mêmes conseillent souvent de « lever le pied » en cas de maladie. Or, dans de nombreux cas, la première chose à faire est justement de s’activer. En particulier en cas de maladie chronique. Un mal qui touche tout de même… 20 millions de Français.

La liste des pathologies que le sport améliore est longue. Très longue, même. On y trouve le surpoids et l’obésité, le diabète de type 2, l’hypertension artérielle, la bronchopneumopathie chronique obstructive, la maladie coronaire stable, les accidents vasculaires cérébraux (AVC). Mais aussi les cancers du sein, du côlon, de la prostate. Ou encore la sclérose en plaque, la maladie d’Alzheimer, celle de Parkinson, la dépression…

Antidouleur, antifatigue, antirécidive... On signe !
Comment avoir une prescription médicale pour faire du sport ?

Les bienfaits sont impressionnants. Pour les cancers du sein, du côlon ou de la prostate, l’activité physique diminue le risque de récidive, le risque de mortalité et améliore la tolérance aux traitements. Pour l’arthrose, elle diminue la douleur.

Pour le diabète de type 2, elle réduit du risque de mortalité cardio-vasculaire et limite la perte de muscle. Pour Parkinson, elle améliore les fonctions cognitives, l’équilibre et la force musculaire. Et cetera, et cetera.

Cassons ici un autre cliché sur cette bienheureuse thérapie par le sport : tout le monde peut s’y mettre, soulignent les études. Personnes âgées, patient•es en pleine chimio, malades du sida ou patients cardiaques, l’activité physique adaptée est utile à tous (mamie n’a donc plus d’excuse pour se mettre l’aviron).

Sport et ALD (affection longue durée), l'exemple de Strasbourg

Après un léger retard à l’allumage, le sport sur ordonnance se développe enfin dans l’hexagone. Les villes, notamment, s’y convertissent. Comme Strasbourg, véritable pionnière en la matière.

Dès 2012 (soit 4 ans avant la loi !), la ville a lancé un programme baptisé « Sport-santé sur ordonnance ». Depuis lors, des centaines de généralistes ont prescrit de l’activité physique à leurs patients atteints d’affection de longue durée. Le tout en partenariat avec des assos, des éducateurs, des kinés et des psychomotriciens.

Innovation inédite : une grande partie des dépenses est même prise en charge. Concrètement, la première année de pratique est totalement gratuite, puis, pour les deux suivantes, un tarif solidaire calculé en fonction du quotient familial permet de réduire la facture.

Quand la prescription médicale... c'est du sport

Rugby, aviron ou piscine... de quel sport on parle docteur ? Et est-ce que c'est remboursé ?

A l’échelle nationale, en revanche, la question du financement demeure en suspens. La loi de 2016 ne prévoit aucun remboursement par la Sécu de l’activité physique, même sur ordonnance. Mais nombreux sont ceux qui militent pour.
Côté accompagnement après prescription, là aussi, ça progresse ! Et c’est tant mieux car attention : l’activité physique est un super traitement, mais ne se pratique pas n’importe comment. La HAS conseille d’abord de faire le point avec son médecin traitant. S’il estime que le sport fera du bien, il s’agira de mener un petit examen de routine : une épreuve d’effort et un Électrocardiogramme (ECG) au repos, parfois complétés d’autres examens selon le type de pathologie.
On vous le dit tout de suite, choisir son sport ne sera pas aisé… : tout est permis. Si la marche active et le vélo sont plébiscités, car doux et faciles à pratiquer, les spécialistes notent que l’important est de se faire plaisir pour ne pas se décourager (la régularité est clé). Golf, natation, ultimate, rugby, padel et même boxe… aucune contre-indication tant que la pratique et l’intensité sont adaptées.

Où pratiquer du sport sur ordonnance ?

Reste à trouver son coach ! Encore une fois, l’offre tend à se développer en France. En première ligne, on trouve les enseignants en Activités Physiques Adaptés, aujourd’hui les mieux formés pour accompagner les malades (leur annuaire national est disponible ici).

Autre possibilité : se tourner vers les « Maisons Sport-Santé », un nouveau dispositif lancé par l’Etat, où l’on trouve conseils et professionnels. Il en existe près de 300 en France (carte officielle).

Les fédés sportives, enfin, se mobilisent. La Fédération française de rugby (FFR) a par exemple lancé le programme « Rugby à 5 Santé », adaptant même les règles du jeu pour coller aux besoins des patients. La Fédération française d’aviron, elle, a recruté des coachs « Aviron Santé » pour accueillir les personnes malades. Quant à la Fédération française de natation, elle propose des « Educateur Nagez Forme Santé » pour que les personnes souffrant de maladies cardiovasculaires et respiratoires, de diabète de type 2, de sclérose multiple ou de polyarthrite rhumatoïde, puissent barboter.

Dernier conseil, donc, pour conclure : la prochaine fois que vous allez chez le médecin, n’oubliez pas vos crampons et votre maillot de bain.

Quand la prescription médicale... c'est du sport


Comment prescrire sport sur ordonnance ? Quels sports sur ordonnance ? Qui peut prétendre au sport sur ordonnance pour sa santé ?

À qui ? Pourquoi ? Comment ça marche ? Mélody Paillat, enseignante APA (activité physique adaptée) auprès de la fédération française “Sports pour tous”, nous explique tout ! 

Quand la prescription médicale... c'est du sport
Quand la prescription médicale... c'est du sport

BENJAMIN

Badminton (en double, c'est plus rigolo) le mardi et brasse coulée le samedi, telle est ma petite routine. Entrecoupée de longues marches en ville et de vélo à la campagne.