Sport et handicap : la lente éclosion du « parasport »
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Comment le parasport (le nouveau mot pour parler du handisport) peine à se démocratiser aujourd’hui en France.

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Avez-vous déjà croisé un handbike lors de vos balades à vélo ? Ou un joggeur avec prothèse quand vous courrez au parc ? Une nageuse non-voyante à la piscine municipale ? Pour la plupart d’entre nous, la réponse est non... 

Et ce constat ne date pas d’hier. « L’accès au sport de loisirs ou de compétition pour les personnes en situation de handicap s’avère être un parcours d’une grande difficulté selon la nature et le degré de sévérité de la déficience », analysait déjà, en 2010, le professeur d’éducation physique et sportive (et sociologue) Roy Compte, dans Sport et handicap dans notre société : un défi à l'épreuve du social.

En 2015, une étude TNS Sofres réalisée pour la Française des Jeux notait même que plus d’une personne en situation de handicap sur deux (56%) avait déjà été limitée dans sa pratique sportive à cause de sa situation de handicap. Sans compter le manque de visibilité médiatique. En 2018, le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) comptabilisait moins de 1% de personnes handicapées dans les programmes sportifs diffusés en France… Autrement dit, exception faite des Jeux paralympiques (deux semaines tous les deux ans), on ne voit jamais de parasportifs à la télé française.

 Autrement dit, exception faite des Jeux paralympiques (deux semaines tous les deux ans), on ne voit jamais de parasportifs à la télé française.

Beaucoup de candidats au parasport !

En 2022, force est de constater que le bilan est grosso modo le même. Les obstacles demeurent nombreux : manque de matériel sportif adapté, de personnel spécifiquement formé, d’information, mais aussi peur du regard des autres, déficit d’accompagnement, mauvaise accessibilité des infrastructures, etc.
Or la demande est immense ! On dénombre en France 12 millions de personnes en situation de handicap (soit 18% de la population), dont 2,7 millions administrativement reconnues comme telles par l’État. Des sportives et sportifs en puissance qui sont, en plus, très majoritairement partants pour pratiquer. Toujours selon l’étude TNS Sofres/FDJ, 70% des personnes en situation de handicap interrogées se déclarent très intéressées par le sport en général, et 90% pensent qu’il est essentiel ou important de pratiquer une activité physique.

Les bénéfices sont, pour le coup, connus, identifiés et multiples. L’activité physique peut participer à la rééducation, faire progresser l’autonomie au quotidien, mais aussi, comme pour les valides, booster la confiance en soi, lutter contre l’isolement, favoriser les liens sociaux, amicaux, soigner la santé mentale, etc. Bref, ce n’est plus un scoop : l’activité physique fait du bien à tous les niveaux, quelles que soient les limitations physiques ou mentales propres à chacun•e.

Des fédérations mobilisées

Si, on l’a vu, la route reste longue pour concilier plus efficacement sport et handicap en France, une chose est sûre : sur le terrain, beaucoup se bougent !
Il y a, d’abord, le travail de fond réalisé par la Fédération Française Handisport, et, avant elle, par ses ancêtres : l’Association des Mutilés de France (créée en 1954), devenue la Fédération Française Sportive des Handicapés Physiques en 1963, avant de prendre son nom actuel en 1977. Aujourd’hui, la « FFH » regroupe 35 000 licencié•es et compte plus de 60 000 pratiquant•es. Au total, ce sont 1 400 associations sportives qui lui sont affiliées.

L’offre sportive s’est étoffée au fil des années : 25 sports de loisir ou de compétition sont aujourd’hui représentés. On y trouve par exemple le cécifoot, le rugby fauteuil, la danse, la sarbacane ou la Boccia. On y trouve, même… des cours en ligne, afin de favoriser la pratique parasportive à domicile, essentielle pour de nombreuses personnes. Au programme au moment d’écrire cet article ? « Hip-hop avec Mike », « Gym douce avec Rosanna », « Cardio boxe avec Christopher » et
même « Esport ».

Autre évolution notable, signe que les temps changent : la création, par d’autres grandes fédérations sportives, de leurs propres sections « para », histoire de réunir autour d’un même sport tous les publics. Exemple avec le paratennis, intégré en 2017 au sein de la FFT, ou avec la Fédération française d’aviron (FFA) qui est allée jusqu’à créer une plateforme destinée à l’adaptation, en mode collaboratif, du matériel pour le para-aviron.

Pour les sports qui n’ont pas été intégrés à une fédération sportive propre, la pratique continue de passer par la FFH ; mais aussi par une autre grande fédération, la Fédération française du sport adapté. Cette dernière promeut, depuis l’apparition du concept en Europe dans les années 90, la pratique du sport pour tous en général. Le HandiBasket, par exemple, dépend de ces deux fédés.

Un « HandiGuide » pour frapper à la bonne porte

Un autre acteur important du développement du parasport en France est, bien sûr, le ministère chargé des Sports. S’il continue de parler (beaucoup) plus qu’il n’agit, ce dernier a tout de même lancé çà et là quelques dispositifs spécifiques. Citons notamment la création d’un outil en particulier : le « HandiGuide des sports ». Tout à la fois annuaire en ligne et espace d’information, ce site internet propose un moteur de recherche par localisation ou mot clé, afin de trouver où pratiquer un parasport près de chez soi. En décembre dernier, deux nouvelles mesures ont été annoncées par le gouvernement lors la Journée internationale des Personnes Handicapées : l’intégration des matériels sportifs spécifiques dans la liste des équipements spéciaux éligibles au taux réduit de TVA (5,5 %) utilisés par les personnes en situation de handicap ; et l’ouverture du Pass’Sport aux adultes en situation de handicap jusqu’à 30 ans. Cette allocation sportive de 50 euros versée par l'État pour la prise d'une licence auprès d'un club sportif était jusque-là réservée aux jeunes de 6 à 17 ans.

Reste, enfin, la « Stratégie nationale sport et handicaps 2020-2024 », une feuille de route qui vise à amplifier la pratique du parasport jusqu’aux J.O. de Paris. De nombreuses mesures y sont évoquées : « Accéder à la pratique sportive grâce aux aidants et pour les aidants » ; « développer la médiatisation des parasports » ; « promouvoir la pratique dans le cadre des temps scolaire, périscolaire et extrascolaire » ou encore « favoriser la mutualisation, le réemploi du matériel technique et sportif ». Bref, on ne le dira décidément jamais assez… vivement 2024 !

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benjamin

Badminton (en double, c'est plus rigolo) le mardi et brasse coulée le samedi, telle est ma petite routine. Entrecoupée de longues marches en ville et de vélo à la campagne.

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