Allier cardio et précision : les secrets du biathlon

Concilier cardio et précision, c’est possible ? En tout cas, les athlètes de biathlon y arrivent. On décortique comment avec une ancienne biathlonienne.

Ski de fond et tir à la carabine : c’est le mix explosif du biathlon. Entre cardio intense et concentration absolue, comment les athlètes gèrent-ils ce grand écart ? Suzon Fabre, ancienne biathlète, nous livre ses secrets pour maîtriser ce sport d'exception, dans le corps comme dans la tête.

Mais avant toute chose, j’ai voulu savoir…

Le biathlon, un sport plutôt cardio ou de précision ?

“Cardio !” répond Suzon. Elle ajoute : “Avec de l’entraînement, tout le monde peut tirer, c’est accessible. C’est l’effort qui complique le tir”.
Tout le monde ? J’ose à peine m’imaginer avec une carabine dans les mains.
Suzon précise, pour les pratiquant·es de biathlon, "le tir devient automatique avec l’entrainement”. Le cardio, lui, demande davantage de rigueur et d’entretien.

Genèse et évolution : l'héritage d'une discipline de survie

Le biathlon ne vient pas des stades, mais de la nécessité. Ses racines plongent dans les traditions militaires des pays nordiques, où les soldats utilisaient les skis pour se déplacer et la carabine pour chasser ou défendre les frontières. Discipline olympique officiel depuis 1960, il s'est métamorphosé en un spectacle télévisuel majeur. Cette évolution, de la survie en milieu hostile à la quête millimétrée de la médaille d'or, explique l'aura particulière des biathlètes : des sportif·ves complet·es, robustes et avec un mental d'acier.

Anatomie des courses : sprint, poursuite et mass Start

Le programme international s'articule autour de plusieurs formats d'épreuves. Le Sprint mise sur la vitesse pure. La Poursuite crée des duels psychologiques intenses. L'Individuel, épreuve historique, punit chaque balle manquée d'une minute de pénalité. Enfin, la Mass Start regroupe les 30 meilleur·es mondiaux pour un départ groupé spectaculaire. Les relais (masculins, féminins et mixtes) viennent clore ces événements en célébrant l'esprit d'équipe.

Le guide du matériel : skis de skating et carabine

Le matériel définit la performance. Les skis choisis sont dédiés au "skating" (style libre), plus courts et réactifs que pour le fond classique. La carabine, véritable extension de l'athlète, pèse au minimum 3,5 kg. Elle tire des munitions de calibre 22 Long Rifle. Chaque détail, de la tension du harnais de transport à la réactivité du dioptre (organe de visée), est réglé au millimètre pour ne pas perdre de précieuses secondes sur le pas de tir.

Comment apprend-on à passer d'une épreuve à l'autre ?

En biathlon, “on ne peut pas se permettre de faire monter trop haut le cœur” explique l’ancienne athlète. Il faut apprendre à “gérer un entraînement avec beaucoup de coupures pour que le cœur s’habitue à redescendre rapidement”. Me reviennent alors les souvenirs d’entraînement fractionné en course à pied…
Mais à la différence d’un sport d’endurance, tel que le ski de fond dans lequel les sportif·ves doivent apprendre à maintenir l’effort sur la longueur, le biathlon exige une certaine capacité à s’adapter pour enchaîner des niveaux d’efforts différents.

Au biathlon, “on apprend à se concentrer, à gérer notre respiration, notre schéma de tir classique, mais il n’y a pas de technique spécifique à connaître pour que notre corps s’adapte aux changements de rythme”, si ce n’est, de l’entraînement et de la pratique.

Alors comment apprendre à se concentrer ? 

“Ça dépend beaucoup des personnes et des personnalités” confie Suzon. “En vérité, il n’y a pas de technique absolue”. Selon elle, il est à chacun·e de trouver sa méthode. C’est un peu comme à l’école, chacun sa technique pour réviser les cours !

Suzon est confrontée à des difficultés concernant le tir pendant sa carrière. Elle comprend, avec le temps, qu’elle doit davantage appréhender cette épreuve au niveau psychologique. Et c’est ce qu’elle fait ! Elle met en place des exercices pour booster son mental et utilise par exemple la visualisation : “J’imaginais mon arrivée au pas de tir, la manière dont j’allais souffler et respirer”. On s’y croirait non ?

“Certains font aussi beaucoup de positionnement chez eux avec leur carabine”
: afin de mieux automatiser le tir pour ne pas avoir besoin d’y réfléchir lors de la compétition. Cette technique permet aux sportif·ves de focaliser leur attention sur leur respiration et récupération lors de l’épreuve, sans devoir penser à leur technique de tir. Ça évite de faire diversion en somme.

D’autres ont des techniques plus créatives : “Certain·es athlètes s’imaginent un mot, une musique qui leur rappelle un moment où ils ou elles ont été particulièrement fort·es”. Une technique qui peut d’ailleurs nous servir dans tout autres situations, sportives ou non !

Et la respiration dans tout ça ?

Là aussi, c’est chacun sa technique.
Suzon m’emmène : “Quand tu arrives à 100 mètres de ta cible, tu coupes ton effort à ski, et tu souffles fort”.
C’est cette respiration que vous avez peut-être déjà, vous aussi, entendue lorsque vous regardiez les épreuves de biathlon à la télé.
Le but, de ce souffle, “c'est de bien oxygéner le corps et l’esprit, pour ensuite être capable de redescendre en pression et de prendre les informations sur la situation”.

Ensuite, au moment de tirer, “certains coupent leur respiration poumon plein, d’autres vide ou encore mi-plein”. Idem, pour le nombre de respirations entre chaque balle tirée : il reste propre à chacun·e : “On ne l’apprend pas, c'est une question de feeling, de comment on ressort notre corps”.
Écouter son corps, c'est quand même souvent le secret !

Je comprends alors l’importance de la préparation mentale et psychologique dans la pratique de ce sport. Mais quand je lui en parle Suzon, m’explique que de son côté, elle constate que dans la gestion du biathlon français actuel, “l’accent est davantage mis sur l’entraînement physique plutôt que sur le mental”. Ce point a d’ailleurs été déjà soulevé plusieurs fois par les athlètes. Ils et elles demandent un suivi plus important et poussé.

C'est de bien oxygéner le corps et l’esprit, pour ensuite être capable de redescendre en pression et de prendre les informations sur la situation

Préparation mentale : apprendre à se concentrer sous pression

Quand je lui parle de la préparation mentale, Suzon m’explique que de son côté, elle constate que dans la gestion du biathlon français actuel, “l’accent est davantage mis sur l’entraînement physique plutôt que sur le mental”. Ce point a d’ailleurs été déjà soulevé plusieurs fois par les athlètes. Ils et elles demandent un suivi plus important et poussé. Suzon utilisait la visualisation : “J’imaginais mon arrivée au pas de tir, ma manière de souffler”. Certains automatisent leur positionnement lors de leurs entrainements pour ne plus y réfléchir en compétition. D’autres utilisent des ancrages mémoriels (musique, mot-clé) pour retrouver un état de force intérieure. L'objectif ? Que la difficulté du geste s'efface derrière la gestion du calme.

Le saviez-vous ?

Saviez-vous que les biathlètes de haut niveau tirent entre deux battements de cœur ? En synchronisant le déclenchement du tir avec la phase de repos de leur muscle cardiaque, ils évitent que les micro-vibrations des pulsations ne dévient la trajectoire de la balle.

Sur les skis de Suzon Fabre

À 2 ans, “avant même de savoir marcher correctement”, Suzon Fabre découvre le ski de fond. Elle grandit, progresse et concourt à ses premières compétitions dans la discipline. 

Elle attend patiemment ses 10 ans pour faire ses premières courses de biathlon : “On peut commencer le tir à la carabine à plomb, (un peu comme à la fête foraine) seulement à partir de 8 ans” explique-t-elle. 

En parallèle, elle continue, comme les jeunes athlètes de ce sport, à évoluer dans son club de ski de fond. C’est à 15 ans qu’on lui demande de choisir entre ski de fond et biathlon. Débutent alors plusieurs années de compétitions.

En 2017, âgée de 19 ans, la sportive arrête les championnats de France. Elle continue de participer à certaines courses de biathlon jusqu'en 2019. Sa dernière compétition en ski de fond date de 2021.

Le changement de rythme : la plus grande difficulté du biathlon ? 

“Physiologiquement, le biathlon serait le sport le plus dur” déclare Suzon. Rien que ça !  Mais pour l’ancienne compétitrice, “le plus difficile, c’est de gérer son mental et d’arriver au tir confiant, pour pouvoir appréhender ce qui se passe autour”.
Et parmi cela, il y a entre autres, l’adversaire. Je constate d’ailleurs que c’est un sujet très important au biathlon et cela s’explique puisque comme me l’a expliqué Suzon, ce sport se pratique uniquement en compétition.
L’esprit et la mentalité de l’activité y sont donc très associés : “ce n’est pas un sport loisir, donc tout le travail que l’on fait depuis l’entraînement se pense en mode compet’ : d’où l’importance de muscler son mental.”

Elle ajoute : ”Le tir se passe tellement dans la tête que la moindre perturbation autour, peut nous faire gagner ou perdre” alors que pour le ski, avec un entraînement et sauf exceptions, “tout le monde a plus au moins le même niveau arrivé en compétition”.

Le plus difficile, c'est de gérer son mental et d'arriver au tir confiant, pour pouvoir appréhender ce qui se passe autour

Quels sont les pratiques complémentaires au biathlon ?

“Tous les autres sports servent le biathlon” répond Suzon. "En club, on faisait beaucoup de course à pied, de musculation, de vélo, et de ski roue aussi : un mix entre ski et roller pour garder une technique et un bon entrainement toute l’année”.
En biathlon, les athlètes font aussi des compétitions de course à pied et de ski roue tout au long de l’année.

Quels sont les bénéfices du biathlon ?

L’entraînement cardio ayant une place bien plus importante dans la routine des athlètes, il est sûr que cela aide au maintien d’une bonne condition physique.

Mais au-delà de l’aspect physique, c’est l’organisation et la concentration que cite spontanément l’ancienne compétitrice.  Le fait de mixer sport et ski, “ça nous fait passer très vite d’un état d’excitation à un état de concentration intense et c’est quelque chose qui m’aide encore dans ma vie de tous les jours”. Pratique au quotidien pour se concentrer et se mobiliser en un claquement de doigts !

Enfin, elle ajoute : “Le sport de haut niveau quel qu’il soit sert de toute façon au niveau de la discipline”.

Récupération et entretien du matériel de biathlon

“On ne retire pas entre deux courses, on se décharge physiquement” explique Suzon. La récupération ressemble à celle des autres sports d'endurance, avec une nuance : le soin de la carabine. Nettoyer son arme fait partie intégrante de la préparation mentale. Au biathlon, la carabine n'est pas considérée comme une arme à feu, mais comme un outil de travail précieux, au même titre que les skis ou le corps lui-même.

Différences hommes-femmes : vers une approche physiologique adaptée

Si le biathlon est mixte depuis longtemps, Suzon souligne que le suivi du corps féminin doit encore progresser. La prise en compte du cycle menstruel dans la planification des entraînements et des sélections est cruciale pour optimiser les performances et respecter la santé des biathlètes, comme l'ont récemment souligné des championnes comme Lou Jeanmonnot.

Et en para-biathlon, ça se passe comment ?

Le biathlon est aussi une discipline d'inclusivité via le Para-biathlon. Les athlètes malvoyant·es utilisent un système de visée optronique acoustique : un signal sonore dont la fréquence varie selon la proximité du centre de la cible permet d'atteindre une précision époustouflante sans la vue.

Vous souhaitez vous initier : comment débuter en club ?

On ne manipule pas une carabine sans cadre. La pratique débute en club de ski, souvent via la Fédération Française de Ski (FFS). Pour les plus jeunes, l'apprentissage commence par la carabine laser ou à plomb à 10 mètres. Le passage au 22 LR à 50 mètres ne se fait qu'une fois les règles de sécurité et les bases du ski de fond acquises. La sécurité est absolue : une arme n'est chargée qu'une fois installé sur son tapis de tir.

Dans la tête autant que dans le corps, le biathlon est un sport exigeant. Écouter son corps et muscler son mental autant que son corps, c’est peut-être ça le secret du sport.

Manon

Journaliste & rédactrice sport

Runneuse de coeur, je suis toujours partante pour tester avec vous de nouveaux sports !
Mon objectif ? Vous transmettre mes tips et ma passion pour le sport à travers mes contenus.

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