Peut-on être coach sans être Community Manager ?

Difficile d'y couper sur les réseaux sociaux... Un jour yoga sur la plage, un autre en legging dans leur jardin… : les coachs sportifs sont partout !

Peut-on être coach sans être Community Manager ?

Sur YouTube, Instagram, TikTok,OnlyFans ou Facebook, ils et elles nous font de grands sourires à longueur de scroll, nous montrent leurs beaux abdos et leurs mini fessiers, leurs biceps joliment dessinés et leurs cuissots saillants. Alors on s'est demandé : est-il aujourd'hui possible pour un•e coach de se passer des réseaux sociaux ?

Il y a d’abord les coach stars, qui animent des communautés des plusieurs centaines de milliers d’internautes. En France, certaines vont jusqu’à dépasser le million, comme Sonia Tlev et ses 1,9 million d’abonné.es sur Instagram. Ou Sissy Mua et ses 1,88 million d’abonné.es à sa chaîne YouTube. Dans leur sillage, on trouve aussi Lucile Woodward, (260 000 abonné•es sur Instagram), la prof de yoga Clotilde Chaumet (45 000 adeptes) ou le coach sport et nutrition David (160 000 abonné•es). Et puis il y a tous les autres. Avec leurs quelques dizaines ou centaines de followers, ils réunissent des communautés plus modestes mais sont tout autant suivis, appréciés, écoutés.

Le phénomène, récent, a connu un essor depuis 2020. Les coachs sportifs peuvent en effet remercier le Covid : les confinements ont donné une impulsion inédite à leur activité. Coincé•es chez nous de longues semaines, miné•es par la sédentarité, nous avons été nombreux•ses à compter sur leurs tutos vidéo, leurs direct sur les réseaux, leurs conseils et leurs enthousiasme pour nous motiver à nous bouger (sans bouger de chez nous).

Cette digitalisation massive du coaching sportif est-elle irréversible ? Autrement dit : peut-on encore, en 2022, être coach sportif sans être en même temps community manager et virtuose 3.0 ? Pour y voir plus clair, on a décidé de peser le pour et le contre.

Non, aujourd’hui, un•e coach ne peut pas se passer des réseaux sociaux…

Vous l’aurez peut-être compris, on peut toujours affiner ce genre d’affirmation (tout dépend de la cible par exemple : un coach spécialisé pour les seniors misera moins sur ces canaux. Quelques (bonnes ?) raisons néanmoins qui peuvent pousser à opter pour les réseaux sociaux...

Un outil de visibilité

On l’a dit, le marché du coaching sportif est en pleine croissance en France. Ce qui veut aussi dire que le nombre de coachs ne cesse d’augmenter… et la concurrence de s’aiguiser ! Dès lors, les réseaux sociaux sont un outil précieux, voire indispensable, pour se faire connaître en tant que professionnel.

Un profil pro sur les plateformes permet de raconter qui l’on est, de préciser ses méthodes, de mettre en valeur ses savoir-faire et sa philosophie sportive. En 2022, se passer d’Instagram, de Facebook ou de YouTube, c’est risquer l’invisibilité et quasiment condamner son activité (bon d’accord, on exagère peut-être un peu). Il existe bien entendu d’autres sources pour “se faire une clientèle" : “Comme des plateformes qui apporte des clients et le bouche-à-oreille, qui à l'air has been mais qui a encore son importance et son impact. Les réseaux, c'est certain que ça aide ! Mais pas que ! Ton travail aussi… tout simplement.” comme nous l’explique Céciliane, coach sportive à domicile depuis 2012.

Un outil de démocratisation

Les réseaux sociaux sont un puissant levier pour démocratiser le sport (en plus de nombreuses associations qui font souvent un superbe travail sur le terrain), le rendre plus accessible (otre l’aspect financier qui a beaucoup évolué aussi ces dernières années : avoir un coach dans les années 2000 ce n'était que pour les riches. Les réseaux sociaux ou le coaching en visio permet de réduire les coups pour le client).

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 39 millions de Français de 18 ans et plus regardent des vidéos sur YouTube, TikTok compte plus de 15 millions d’utilisateurs en France, Instagram 22 millions, Facebook 40 millions (et on imagine qu’ils ne font pas que regarder ces vidéos, mais qu’ils s’activent bel et bien devant !)…

Les plateformes permettent de toucher le plus grand monde, c’est-à-dire bien au-delà des sportifs déjà convaincus et pratiquants. C’est l’occasion, pour les coachs, d’atteindre les personnes les plus éloignées de l’activité physique, et de les inviter à s’y lancer. Il peut être en effet moins intimidant, pour quelqu’un qui n’en aurait jamais fait ou qui aurait peur d’en faire, d’être initié au sport par un•e pro, en distanciel, tranquillement à son rythme chez soi. D’autant que le nombre de personnes pratiquant chez elles ne cesse d’augmenter. Dans son Baromètre national des pratiques sportive (2018), le Centre de Recherche pour l’Etude et l’Observation des Conditions de Vie (Crédoc) révèle ainsi que le cadre de prédilection pour faire du sport reste le domicile : 53% des jeunes sportifs pratiquent chez eux, en hausse de 20 points depuis 2015.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 39 millions de Français de 18 ans et plus regardent des vidéos sur YouTube, TikTok compte plus de 15 millions d’utilisateurs en France, Instagram 22 millions, Facebook 40 millions (et on imagine qu’ils ne font pas que regarder ces vidéos, mais qu’ils s’activent bel et bien devant !)…

Un outil pédagogique et organisationnel

Les réseaux sociaux offrent aux coachs et à leurs clients une multitude d’options et d’outils pour enrichir et organiser la pratique sportive. Facebook lives, stories Instagram, animations TikTok, outils d’inscriptions et de gestion des calendriers, communication des infos pratiques… Le numérique permet beaucoup de choses. Il est d’autant plus difficile aujourd’hui de faire sans que les jeunes générations intègrent de plus en plus le numérique à leur vision du sport, et dans sa pratique. Dans son étude de 2018, le Crédoc montrait ainsi que 39% des 16-25 ans postaient sur les réseaux sociaux des photos prises lors de leur activités sportives, et 20% des vidéos d’eux faisant du sport.

Peut-on être coach sans être Community Manager ?

La compète’ sur les réseaux

Vouloir doubler son job de coach d’une activité de Community Manager, c’est risquer de céder à la folle pression des réseaux sociaux et à leurs dérives. Ces derniers sont en effet des espaces ultra- compétitifs, où certains coachs se livrent à une véritable course aux followers. Il faut produire toujours plus (de vidéos, de photos, de conseils, de directs, d’inspiration…) pour rester à flot et maintenir l’attrait de ses comptes. Une production qui est littéralement chronophage : monter une chouette vidéo, répondre aux commentaires ou organiser un Facebook Live demande beaucoup de temps… Du temps qu’on ne consacre pas aux personnes qu’on accompagne. Le risque numéro 1 est donc bel et bien de perdre de vue son métier de coach sportif pour finalement devenir un influenceur, coupé des gens, du sport et de ses valeurs.

Une machine à injonctions

Coacher sur les réseaux sociaux, c’est donc, souvent, entretenir, voire alimenter, les injonctions qui pèsent sur nos corps. C’est participer à la pression sociale qui veut que, pour être bien dans sa peau, il faut être zen, fin•e, rapide et musclé•e, manger des avocats, des mangues et des graines de chia, et, surtout, ne pas être gros•ee, stressé•e, cellulité•e, handicap•ée, lent•e, etc. Gare, donc, aux dangers pour la santé mentale de ces représentations hégémoniques du corps parfait véhiculées par Instagram, TikTok et YouTube.

La perte du contact humain

Souvenez-vous du confinement. Tout le monde fut, dans un premier temps, ravi de pouvoir compter sur Internet et ses multiples possibilités. Continuer, grâce aux réseaux, à communiquer, à se divertir, à apprendre, à pratiquer du sport. Et puis, très vite, quelque chose nous a manqué. Marre des écrans, des visages en 2D, … envie de voir des gens, des vrais. Le coaching sportif n’y échappe pas : s’il se limite à sa version numérique, il passe à côté d’un besoin essentiel et vital, celui du contact humain. Avec le ou la coach, d’abord, mais aussi avec les autres participant.es. Rien ne remplacera l’apprentissage, l’accompagnement et la pratique sportive en présentiel, avec ses conseils personnalisés, son rythme adapté, ses bavardages, sa spontanéité… Bref, rien ne remplace des coachs et du sport en chair et os !

LE POINT DE VUE DE CÉCILIANE, COACH SPORTIVE DEPUIS 2012

“J’ai toujours été très réticente à l’idée de partager ma vie de coach sportive. Et puis je passais beaucoup de temps dans ma voiture ou avec mes client•es qui n’avait pas spécialement envie que je les prenne en photo… donc pas grand-chose à partager… Sans compter que ça prend du temps ! Et puis, en 2020, le premier confinement est arrivé… Donner des cours en visio est devenu une nécessité. Les personnes autour de moi n’avait plus accès au bien-être et à la santé, je voulais vraiment faire ma bonne action avec les connaissances que j’avais. Alors, avec mon conjoint, coach également, on a envoyé des invitations pour une “visio sport” à tout notre entourage, qui l’a envoyé à leurs ami•es… Catherine, Mireille, Anissa, Jean-Edouard, Xavier, Manu etc., progressivement nous avons tissé des liens. Les personnes n’habitaient pas forcément la région, nous n'aurions pu les coacher dans la “vraie vie”. Le sport nous a rythmé, rassemblé, et la visio que je détestais et devenue incontournable, un lien important finalement. On a appris à travailler différemment, mais toujours avec nos valeurs de santé et de bien-être."

Peut-on être coach sans être Community Manager ?

En matière de sport, tout n’est pas à jeter dans les réseaux sociaux, loin de là. L’idée est finalement, pour les coachs, d’en faire un outil mais pas une fin en soi. Un peu de promo, de conseils et d’interactions numériques, c’est bien, y passer l’essentiel de son temps, c’est perdre de vue le sens du job et les valeurs du sport. Vive le sport déconnecté !

Peut-on être coach sans être Community Manager ?

benjamin

Badminton (en double, c'est plus rigolo) le mardi et brasse coulée le samedi, telle est ma petite routine. Entrecoupée de longues marches en ville et de vélo à la campagne.

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