Sport et alcool peuvent-ils faire bon ménage ?

A priori, pas du tout : tandis que l’activité physique est conseillée pour être en bonne santé, une consommation régulière d’alcool et les excès liés à celle-ci sont généralement proscrits par les professionnels de santé pour prendre soin de soi… 

Sport et alcool peuvent-ils faire bon ménage ?

Quel sportif, au lendemain d’une soirée un peu trop arrosée, par mauvaise conscience, n’est jamais allé “se décrasser” ? Vous vous souvenez de cette sortie running, la tête dans le brouillard, qui a mis votre corps un peu plus à l’épreuve que d’ordinaire ? Ou de ce match de foot, lors duquel vos réflexes semblaient en avoir pris un sacré coup ? Sur le moment, l’idée de combattre la gueule de bois par l’activité physique semble être pertinente. En réalité, il n’en est rien… Mais, pour commencer, examinons de plus près les effets de la boisson sur notre organisme. Non, pas les effets euphorisants qui vous font danser sur la table avec la cravate autour du crâne ! Les véritables conséquences de l’alcoolisation sur notre corps… 

Les effets de l’alcool sur l’organisme

Vous sortez du boulot, un peu fatigué·e, vous allez prendre un verre, puis un deuxième, sans avoir mangé au préalable. Votre tête tourne légèrement, vous commencez à avoir les jambes en coton et un débit de parole beaucoup plus rapide. Parfois, même, vous vous surprenez à dialoguer parfaitement en anglais, quasiment sans accent. Enfin, c’est ce que vous pensez. Mais que se passe-t-il réellement lorsque l’on consomme de l’alcool ? En réalité, l’abus d’alcool a des effets désinhibant et euphorisant - du moins dans un délai relativement court -, relatifs à une production de dopamine, souvent définie comme “hormone du plaisir”… Si les effets à court terme de l’alcoolisation peuvent être plaisants, la suite est généralement beaucoup moins drôle et vous l’avez sans doute déjà expérimentée : déséquilibre, manque de coordination, nausées… Et cette sensation de lit qui tourne, vous l’avez déjà ressentie ? Et qui n’a jamais certifié, à ce pénible instant, “qu’il ne boirait plus jamais d’alcool, c’est fini, ça fait trop maaaaal…” 

Sport et alcool peuvent-ils faire bon ménage ?

L’alcool déshydrate

L’alcool a un effet déshydratant, car il sollicite la diurèse, qui est la production d’urine. En clair, boire de l’alcool vous contraint à aller aux toilettes plus souvent qu’en temps normal - ou qu’après avoir consommé des boissons sans alcool - et déshydrate ainsi votre organisme en le vidant de ses réserves d’eau. D’où le mal de tête et la bouche sèche au lendemain d’une soirée arrosée. Généralement, et à moins de “combattre le mal par le mal” pour les plus extrêmes d’entre vous, les lendemains de gueule de bois s’apparentent généralement à boire beaucoup d’eau (ou de la tisane voire de la soupe pour les cas les plus graves), une manière de faire s’éloigner peu à peu le mal de tête, et de redonner à son corps tout ce qu’il a perdu au cours de la nuit.
Alors, je ne sais pas si vous commencez à faire le rapprochement (ou l’éloignement) entre activités sportives et alcool, mais le phénomène de déshydratation qu’entraîne la consommation d’alcool versus la nécessité de s’hydrater pas mal quand on fait du sport (parce qu’on perd aussi de l’eau) devrait vous mettre sur la voie…  

Faire du sport alcoolisé·e : bon pour la santé ? 

Si vous êtes d’accord, respectons un ordre chronologique afin de comprendre si un combo “sport/alcool” parmi d’autres peut fonctionner. Tout d’abord, examinons le fait de pratiquer une activité sportive en ayant consommé au préalable un peu d’alcool… Pour éclairer notre lanterne, Yoann Morvan, médecin du sport, a accepté de se prêter au jeu des questions de Conseil Sport. Et il ne voit pas forcément de bénéfices à faire du sport avec un ou plusieurs verres d’alcool dans le gosier. “L’alcool entraîne des troubles de la coordination, ainsi qu’une mauvaise gestion de l’équilibre et de l’effort”, indique le praticien. “Après avoir consommé, nous allons moins bien gérer notre corps dans l’espace, avoir des gestes moins rapides et moins précis. Ensuite, l’effet déshydratant de l’alcool fait que nous allons nous fatiguer plus vite, et être moins en capacité de solliciter nos muscles. L’effort musculaire ne pourra être que moins intense. Des études montrent d’ailleurs qu’avec un seul verre d’alcool consommé, le sportif est déjà moins performant.”
L’alcool a également un effet anxiolytique, qui pourrait être perçu comme un atout pour aborder plus sereinement une compétition... “Quand on boit un verre, il est vrai que l’on est plus détendu”, poursuit Yoann Morvan. “Mais réduire le stress lorsque l’on fait du sport n’est pas forcément une bonne chose car il joue un rôle important dans la pratique sportive et stimule le corps. Le stress libère des hormones qui nous préparent à faire face à certaines situations. La boisson perturbe ce mécanisme naturel. Avec une diminution du stress, on va aussi perdre certains réflexes, certaines capacités physiques. Lors d’un match, par exemple, on va avoir un temps de réaction plus important et moins bien appréhender le jeu et anticiper les actions. L’appréhension de l’environnement va être différente, sans compter les risques de blessures : une moins bonne gestion de l’environnement et de notre corps favorisent les occasions de faire un faux mouvement, une mauvaise action de jeu ou tout simplement de tomber.” 

Sport et alcool peuvent-ils faire bon ménage ?

Est-ce que le sport élimine l’alcool ? 

Si faire du sport alcoolisé·e ne paraît pas d’une pertinence extrême, peut-on faire du sport après avoir consommé, pour nettoyer son corps de toutes ces substances absorbées quelques heures plus tôt ? Pour ceux qui lavaient aussi leur conscience de cette manière, sachez que ce choix n’est pas très heureux non plus ! En réalité, le running ou le match du lendemain de gueule de bois pourrait vous faire plus de mal que de bien… “ Mettre son corps à l’épreuve alors qu’il contient encore de l’alcool n’est pas une bonne idée”, assure le médecin. “Quand on est encore alcoolisé et qu'on n'est pas encore en pleine possession de ses moyens, mieux vaut attendre quelques heures, boire de l’eau, manger et bien récupérer avant de solliciter son corps dans le cadre d’une activité sportive. Mettre son organisme à l’épreuve alors qu’il est encore déshydraté favorise les risques de lésions musculaires et de coups de mou. Après une soirée arrosée, le lendemain, mieux vaut consacrer la matinée et l’après-midi à récupérer, et pratiquer une activité physique en fin de journée, mais sans trop forcer.” Alors, ne culpabilisez pas si vous optez pour une grasse matinée après avoir fait fort, c’est la marche à suivre. Et si vous voulez quand même bouger, allez-y doucement et plutôt en fin de journée, après avoir octroyé à votre corps une récupération bien méritée.  

Alcool et sport d’endurance : compatibles ? 

La consommation d’alcool, en réduisant notre hydratation, n’aide absolument pas les muscles à bien fonctionner. C’est même tout le contraire ! Si boire réduit les réflexes et ne semble pas compatible avec les jeux d’adresse et les sports collectifs, l’alcool fait-il meilleur mariage avec les sports d’endurance ? Pas vraiment en fait. Car ces disciplines vont solliciter les muscles dans la durée, et ils se fatigueront bien plus vite que si vous pratiquez à jeun. Et, avec un organisme moins hydraté, les risques de blessures, claquages, tendinites et autres réjouissances, sont bien présents.
Autre effet de la consommation d’alcool : la réduction du taux de sucre dans le corps. “L’alcool, qui perturbe et diminue la libération de glucose dans le sang par le foie, favorise l’hypoglycémie”, précise Yoann Morvan. Même si la boisson peut contenir du sucre selon ses différentes compositions (Mojito, Caipirinha, Sex on the beach et autres douceurs), la molécule alcool perturbe la fabrication de sucre au niveau du foie - ce qu’on appelle la glycogénèse - ainsi que les réserves de sucre contenues dans les muscles, précieuses à leur fonctionnement. “Il ne faut pas compter sur le fait de consommer de l’alcool pour avoir un apport en sucre. Au contraire, l’alcool perturbe ses processus de fabrication et de stockage dans l’organisme. Le risque de consommer avant d’aller courir, par exemple, est d’avoir un coup de mou ou de faire un malaise au milieu de la séance”. Inutile donc de compter sur un verre d’alcool pour courir tranquillement vingt bornes : il ne vous apportera ni coup de pouce, ni coup de boost !

Sport et alcool peuvent-ils faire bon ménage ?

Boire une bière après le sport : bien ou pas ? 

Dernière possibilité que nous n’avons pas encore explorée et dernière chance de faire cohabiter activité sportive et consommation d’alcool : la fameuse bière de la récupération, souvent invoquée sur l’autel de l’effort accompli (généralement collectivement)… Est-ce enfin un combo gagnant ? Eh bien non, cher·es sportif·ves, là encore, Yoann Morvan brise nos idées reçues et nous fait renoncer à ce breuvage couleur or post effort ! “En réalité, lorsque l’on fait du sport, nos muscles subissent des micro blessures. Au fur et à mesure de la pratique, ils cicatrisent, deviennent plus résistants et réagissent de mieux en mieux à l’effort physique. Mais, pour cela, il faut que l’activité sportive soit suivie d’un temps de récupération, avec du repos et une réhydratation. La boisson après l’effort, ce n’est vraiment pas une bonne idée car, une fois encore, l’alcool va déshydrater notre organisme et limiter ses capacités de récupération, notamment de production de glycogène, à un moment où il aurait besoin du contraire.” Et comme nous le savons (presque tous), la bière est bel et bien de l’alcool. La levure de bière, riche en protéines et en vitamines, peut devenir votre alliée, mais non, la bière tout court ne vous permettra pas de mieux récupérer… “La bière, comme d’autres alcools, a un effet diurétique et va entraîner une perte d'eau et d’oligo-éléments. Boire de l’alcool après avoir fait du sport réduit les bénéfices de la séance et perturbe le travail musculaire.”

Sport et alcool peuvent-ils faire bon ménage ?

Qu’il se situe avant, pendant, ou après, le moment où vous levez votre coude ne fait donc pas bon ménage avec le sport et en limite même les bénéfices. Si rien ne vous empêche de consommer avec plaisir une bonne bière ou un verre de vin (avec modération bien sûr), séparez bien ces instants de votre pratique sportive. Votre corps vous dira merci !

Sport et alcool peuvent-ils faire bon ménage ?

sylvia

rédactrice conseil

Cavalière passionnée, runneuse à mes heures perdues (il y en a peu), je décline le sport à toutes les sauces et notamment dans mon métier, lié à l'écriture.~Journaliste sportive depuis une dizaine d'années, convaincue des bienfaits que peut nous apporter le sport, j'aime transmettre les bonnes informations en la matière et partager les conseils qui me sont offerts ! 

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