Paroles de championnes : les filles dans le monde du Tennis de TABLE.

Quelle est la place des femmes dans le tennis de table ? Est-ce un sport de mec ? Qui de mieux que des championnes pour en parler ?

Paroles de championnes : les filles dans le monde du ping-pong

Votre fille souhaite se lancer dans l’aventure du tennis de table et vous avez quelques appréhensions ? Rien de plus normal. Comme dans d’autres pans de la société, la place des femmes dans le sport présente de nombreux enjeux. Rassurez-vous, votre enfant devrait s’épanouir dans le monde du ping-pong. Paroles de championnes.

Les débuts dans le TDT

Le tennis de table, l’essayer c’est l’adopter ? Pour nos cinq championnes, cela ne fait aucun doute. Si elle se prend au jeu, votre fille pourra très vite vous demander de poursuivre son aventure en club. Et si cela a tendance à faire naître quelques appréhensions chez certains parents, les enfants ne semblent absolument pas inquiets. Au contraire !

Pourquoi le TENNIS DE TABLE ?

Vous vous demandez pourquoi votre fille veut jouer au ping-pong ? Vous y êtes probablement pour quelque chose. Romane Le Scour, vice-championne d’Europe cadettes en double, explique que sa « famille jouait déjà au tennis de table » quand l’envie lui est venue à l’âge de 8 ans. Jusque là, elle faisait du basket. « J’ai commencé à l’âge de 8 ans avec mon père et je me suis vite prise au jeu » se souvient-elle.

Même son de cloche chez Julie Pennec, 18 ans dont 10 de pratique du ping. « Les premières fois, je jouais avec mon frère dans le garage de ma maison » explique-t-elle. « J’ai commencé par 2 ans de basket mais j’ai de plus en plus joué au ping avec mon frère et j’ai demandé à mes parents d’en faire avec lui en club en même temps que du basket » ajoute-t-elle. Et de conclure :

« J’en ai donc fait 2 ans en parallèle du basket, puis j’ai arrêté le basket ».

L’aventure du tennis de table commence donc souvent en famille. Emmanuelle Lennon, 33 ans et 6 à 8h de ping par semaine, a tenu sa première raquette « à la maison, au beau milieu d’un repas de famille ».

Laurie Phai, ancienne internationale ayant mis fin à sa carrière en 2007, a tapé ses premières balles à l’âge de 6 ans. Elle raconte :

Paroles de championnes : les filles dans le monde du ping-pong

Y-a-t’il des inégalités hommes/femmes dans le tennis de table ?

Comme dans d’autres pans de notre société, les inégalités hommes/femmes touchent malheureusement certains milieux du sport, y compris le ping-pong.

Romane par exemple dit avoir « été confrontée à énormément de situations compliquées ». Elle raconte :

Par exemple, lors de tournois mixtes, il m'est arrivé bon nombre de fois en match de battre un garçon, ou un homme et d'avoir des remarques désagréables comme " Comment je peux perdre contre une fille?" ou en « C'est une fille, elle sait même pas jouer". D'autres fois ce sont des joueurs qui se moquaient entre eux d'avoir perdu contre une fille, ou qui essayaient de me déconcentrer. Au fil du temps, je m'y suis fait et ça ne faisait plus rien. Je me suis dit qu'il y aurait toujours des gens comme ça et que j'avais encore plus envie de les battre.

Le tennis de table étant un sport impossible à jouer sans adversaire, la dimension compétitive entre vite dans l’esprit des joueuses. Romane explique par exemple que face à sa passion pour le ping, sa famille lui a « proposé de faire des entraînements avec d’autres joueurs en club ». Ce qu’elle a accepté « car c’était bien de ne pas toujours jouer avec la même personne ». Et d’ajouter : « J’avais envie de faire des matchs, j’ai toujours eu un esprit de compétition et je ne voulais pas avoir une pratique loisir ».

Lucille a elle aussi été motivée par son « goût pour la compétition ». « J’aime me confronter aux autres » ajoute-t-elle.

Emmanuelle s’est aussi laissée séduire par « les résultats, les victoires, les progrès », mais pas seulement : « Le groupe dont je faisais partie était un groupe de jeunes où l’ambiance était présente et où l’apprentissage se faisait dans des superbes conditions. L’entraîneur était prof à la fac et avait une très bonne pédagogie. L’équipe numéro 1 des filles évoluait en National, c’était une source de motivation. »

Paroles de championnes : les filles dans le monde du ping-pong

Mon père avait acheté une table quand j’avais 6 ans, je le regardais jouer avec mon grand frère dans le garage et moi, j’apprenais à jongler dans mon coin, puis je jouais un peu avec eux quand ils voulaient bien. Ensuite mon frère s’est inscrit en club à Montpellier à l’époque et j’ai voulu faire comme lui. J’ai tout de suite adoré et j’ai eu de bons résultats, alors ça m’a motivée pour m’y mettre à 100% !

Lucille Carrère, ancienne joueuse pro « heureuse maman d’une petite fille Harmony », a « découvert le tennis de table grâce à une copine à l’école primaire ». « Elle m’a emmenée faire une séance découverte et le coup de foudre pour ce sport a été direct » se souvient-elle, « lors de la journée d’essai, l’entraîneur du club a vite repéré mes capacités et, une semaine après, j’étais inscrite et je faisais quatre entraînements par semaine ».

Paroles de championnes : les filles dans le monde du ping-pong

Même expérience chez Lucille qui explique avoir « souvent été confrontée à des situations où les hommes avaient du mal à accepter de perdre contre une femme ». Emmanuelle, qui a commencé très jeune et « ne dépassait pas le filet » s’est retrouvée face à des joueurs qui ne la « prenaient pas au sérieux » et qui « pensaient faire une bouchée » d’elle. Finalement « ce fut l’inverse ».

Julie, elle, a connu un parcours plus calme. Elle dit avoir été « très rarement » confrontée à ce genre d'événement. Et lorsque cela est arrivé, cela était plutôt dû à son jeune âge qu’à son genre.

Reste que toutes les championnes indiquent que les inégalités salariales existent au niveau professionnel. Laurie explique que « les hommes étaient payés minimum trois fois plus que les filles » lorsqu’elle jouait en 1ère division. « Et aujourd’hui cela a même dû s’amplifier... » conclut-elle.

Le TENNIS DE TABLE, un sport de mecs ?

Les championnes sont unanimes : elles n’ont jamais considéré le ping-pong comme un sport de mecs.

Contrairement à d’autres sports très ancrés dans l’inconscient collectif comme masculins (football, rugby etc.), le ping-pong est un sport que l’on pratique très jeunes en famille, entre amis, à l’école, sans distinction d’âge ou de sexe. « Je n’ai jamais considéré le ping comme un sport de mecs car dès que j’ai débuté il y avait plusieurs filles avec moi » explique par exemple Julie.

Les championnes s’accordent tout de même à dire qu’il y a plus de licenciés hommes que femmes. Néanmoins, les entraînements et compétitions étaient mixtes ce qui était un vrai plus pour renforcer le vivre ensemble.

Paroles de championnes : les filles dans le monde du ping-pong

Un dernier mot ?

Pour toutes les filles, il y a encore beaucoup de travail pour atteindre un même traitement entre les hommes et les femmes dans le sport.

Néanmoins, tant que l’on n’atteint pas un niveau élevé, la pratique du tennis de table reste un pur bonheur selon ces championnes. Elles conseillent d’ailleurs toutes de garder à l’esprit que jouer au ping doit être un plaisir et que les valeurs de ce sport sont aussi bénéfiques dans beaucoup de compartiments de la vie.

Pour preuve : la plupart de ces championnes continuent de pratiquer le tennis de table, même si elles ne sont plus professionnelles.

Paroles de championnes : les filles dans le monde du ping-pong
Paroles de championnes : les filles dans le monde du ping-pong

Si la plupart des championnes expliquent avoir été motivées par la compétition, ce n’est pas forcément le cas de toutes.

Certaines s’orientent vers un club pour l’aspect social, le plaisir de retrouver un groupe tout en restant sur une pratique loisir. C’est le cas de Romane qui, malgré son attrait pour la compétition, aimait aussi retrouver son groupe. Elle raconte : « Je suis arrivée dans un club où ma famille était déjà licenciée. Je connaissais quelques personnes et ça m'a aidée. Il y avait aussi pas mal de jeunes donc c'était plus facile de se faire des copains. »

Une approche partagée par Julie qui a « vraiment commencé pour le loisir, pour voir si ce sport allait (me) plaire ».

Vous l’aurez compris, la pratique du tennis de table en club ne rime pas forcément avec compétition même si cette dimension est bien inscrite dans ce sport. Pas de pression pour autant, chaque licenciée évolue à son rythme, avec ses objectifs.

Quoi qu’il en soit, ces inégalités ont permis aux championnes de forger leur caractère et de développer des capacités qui leur ont été utiles dans les combats de la vie. « Ça aide à se structurer, à avoir confiance en soi, à se connaître personnellement et avoir des valeurs qui peuvent aider dans la vie d’adulte » explique Emmanuelle.

Autre point positif, les mentalités changent « tout doucement » d’après Lucille. Un sentiment partagé par Julie qui trouve que « le ping au féminin se développe beaucoup ces dernières années ».

Romane tempère : « je dirais que les choses ont évolué de manière positive avec le temps (...) et je pense que de par mon niveau, certaines personnes me respectent plus qu’avant (...) mais de manière générale je dirais que pour l’ensemble des filles ce sont des choses toujours extrêmement fréquentes même si de plus en plus de personnes sont sensibilisées à une démocratisation de la femme dans le sport ».

Paroles de championnes : les filles dans le monde du ping-pong
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ALESSIA SCACCHIA

STAGIAIRE COMMUNICATION DU TENNIS DE TABLE

Championne de France benjamine médaillée d’argent aux Euro Mini Champs et ancienne membre de l’équipe de France de tennis de table. Amoureuse du sport passionnée de ping, de tennis, de handball et de patinage artistique.

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