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Obésité : de quoi parle-t-on vraiment ?

On en parle souvent – et souvent en mal. On a peur de le devenir ou de le rester. On lui impute de nombreuses causes et conséquences, sans forcément bien la connaître, et encore moins les personnes concernées par celle-ci. 

L'obésité touchait 1 personne sur 8 dans le monde en 2022 selon l'OMS, et le nombre de personnes obèses en France augmente depuis plus d'une décennie d'après Santé publique France. Une bonne raison pour faire le point sur ce qu'est l'obésité.

Poids, IMC, santé globale : quand dit-on d'une personne qu'elle est obèse ?

Obésité : l'épineuse question de l'IMC

L'obésité est déterminée par le calcul de l'indice de masse corporelle (IMC). Pour rappel, l'IMC est une formule mathématique inventée par le statisticien belge Adolphe Quetelet en 1832. On vous explique comment le calculer dans cet article. Mais il faut garder à l'esprit qu'elle ne prend pas en compte la densité osseuse et ne distingue pas la masse grasse de la masse musculaire. De plus, elle ne s'applique pas aux femmes enceintes – ça n'aurait vraiment pas de sens !

Dans Dix questions sur la grossophobie (2024), l'autrice et militante Daria Marx explique que l'IMC est choisi par le National Institute of Health aux États-Unis en 1998, puis l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), pour définir ce qu'est l'obésité, en y ajoutant la notion de surpoids. Pourtant, dès 1972, des scientifiques américains, comme Ancel Keys, spécialisé dans les rapports entre la santé et l'alimentation, publient une étude révélant que l'IMC ne suffit pas pour évaluer la bonne santé des gens. Bien que couramment utilisée du fait de sa simplicité, cette formule n'a donc jamais fait l'unanimité au sein de la communauté scientifique.

Comment détermine-t-on si une personne est obèse ou non ?

En suivant les critères actuels, une personne est considérée comme obèse si elle présente un IMC égal ou supérieur à 30. L'OMS la catégorise aussi comme « surpoids 2 » - nous reviendrons sur la différence entre surpoids et obésité juste après. L'IMC moyen recommandé est de 22,4 pour les femmes et 22,7 pour les hommes. Mais on le répète : l'IMC n'est pas le seul et unique indice pour évaluer la bonne santé d'une personne, on peut très bien avoir un IMC élevé et être en forme, et avoir des problèmes de santé sans tout ramener au seul poids.

Concrètement : l'obésité, c'est quoi ?

Le dictionnaire Vidal définit l'obésité comme « une forme sévère de surpoids considérée aujourd'hui comme un trouble médical grave, et qui découle de multiples facteurs : génétiques, comportementaux et sociaux. Les déséquilibres alimentaires et la sédentarité sont responsables de l'excès de masse grasse qui caractérise l'obésité. […] Il n'existe toutefois pas de profil psychologique type pour les personnes obèses. »

Pour le dire plus simplement, l'obésité est une pathologie caractérisée par un excès de masse grasse, et donc de poids, par rapport à la norme recommandée. Elle s'explique par plusieurs raisons, plus ou moins faciles à contrôler, dont la générique, une alimentation déséquilibrée et la sédentarité. Ce déséquilibre peut être l'expression de troubles du comportement alimentaire (TCA). Pour comprendre les TCA les plus courants : ça se passe ici. On peut aussi être obèse sans souffrir de TCA ni de problèmes psychologiques autres, même si, nous le verrons plus bas, l'estime de soi est souvent mise à mal quand on a un corps hors norme.

Il y a trois stades d'obésité :
• L'obésité modérée (IMC compris entre 30 et 34,9)
• L'obésité sévère (IMC compris entre 35 et 39,9)
• L'obésité massive, aussi appelée obésité morbide (IMC égal ou supérieur à 40)


Surpoids ou obésité : comment savoir si je suis concerné.e ?

Surpoids et obésité : quelle différence ?

Le surpoids, aussi appelé surcharge pondérale, c'est tout simplement le « niveau » corporel après le poids « normal » et avant l'obésité, toujours selon l'OMS. Il se traduit par un IMC compris entre 25 et 30. Il se voit aussi à un taux de graisse viscérale un peu trop élevée. Si vous avez besoin d'un rappel sur ce qu'est la graisse viscérale, comment la mesurer et quoi surveiller : ça se passe ici !

Il y a davantage de personnes considérées comme étant en surpoids qu'en situation d'obésité : en 2022 les premières représentaient 43% des adultes âgé·es de 18 ans et plus et les secondes 16%, selon l'OMS.

Oui et non. Ça dépend de chaque personne… et de ce que l'on appelle « mauvaise santé ».

L'OMS reconnaît l'obésité comme étant une maladie chronique depuis 1997. Le collectif national des associations d'obèses réclame « que l'État dise très clairement que l'obésité est une maladie », par la voix de sa présidente Anne-Sophie Joly, rencontrée par France Info en 2023. « Les mots sont durs, violents, mais le risque de morbidité est réel parce qu'il y a 19 pathologies associées », poursuit-elle, « augmentation de cancer, hypertension artérielle... » De fait, si on suit ce raisonnement, on ne peut pas être en bonne santé quand on est obèse puisque l'obésité est en elle-même une maladie.

Cette revendication ne fait pas l'unanimité chez toutes les personnes concernées par l'obésité. Certaines pensent que reconnaître l'obésité comme une maladie chronique, prise en charge comme Affection longue durée (ALD) avec les avantages qui vont avec (le remboursement des soins liés), n'aide ni pour sa compréhension, ni pour la considération des personnes obèses au quotidien dans notre société, à commencer par le corps médical (c'est d'ailleurs l'avis de votre humble rédactrice). Comme l'écrit Daria Marx « l'idée de définir une maladie sur la base de la mesure des corps », ne suffit pas à considérer qu'obésité et mauvaise santé vont toujours de pair.

De plus, certaines personnes obèses évitent le personnel médical, même en cas de problème de santé à examiner ou surveiller, par peur d'être mal reçues et mal prises en charge.

Quelles sont les causes de l'obésité ?

L'OMS rappelle que « dans la plupart des cas, l'obésité est une maladie multifactorielle due à des environnements obésogènes, à des facteurs psychosociaux et à des variantes génétiques ». Mélanie Délozé, diététicienne interrogée par Santé Magazine, insiste : « Contrairement aux préjugés, la suralimentation et le manque d'activité physique ne sont pas les principales cause de l'obésité. »

Les principales causes identifiées de l'obésité sont :
• La génétique : 50% de probabilité si un des deux parents est obèse, 80% si les deux le sont
• Le métabolisme (vous saurez tout sur lui ici)
• Les modifications hormonales et endocriniennes : puberté, grossesse, certaines pathologies
• Certains médicaments : contraception hormonale, traitement substitutif de la ménopause, anti-épileptiques, anti-psychotiques etc.
• Les troubles du sommeil, et le travail de nuit
• Les troubles du comportement alimentaire, ainsi que les régimes restrictifs
• La santé mentale : stress, anxiété, dépression, traumatismes, mauvaise image de soi renforcée par la grossophobie ordinaire
• La sédentarité (accrue par certains points cités précédemment)

Faire du sport quand on est obèse : les points de vigilance

Il est tout à fait possible, et même encouragé, de pratiquer une activité sportive quand on est obèse. Une pratique régulière permet de casser la sédentarité, réguler le métabolisme, entretenir le souffle ainsi que l'activité cardiaque et la mobilité. Elle participe également à retrouver confiance en soi. Que de bonnes raisons pour découvrir ou se remettre à faire un sport qu'on aime !
Attention cependant à quelques points afin de pratiquer dans les meilleures conditions possibles. Par exemple, un essoufflement trop important peut tout gâcher et dissuader de continuer. Mais avec un bon accompagnement et de la patience, il deviendra moins gênant : on fait le point ici. La marche est une alliée de choix pour être moins essoufflé·e. Pareil pour le Pilates et le yoga, qui reposent entièrement sur une respiration lente et profonde, et n'impactent pas les articulations.

Il faut aussi oser adapter certaines postures en fonction de sa morphologie et de ses limites. Claire Castagne, prof de yoga sous le nom de Yoga Ronde, le souligne dans cet article : « Il suffit parfois de pas grand-chose pour être plus à l'aise. J'enseigne toujours aux profs que je forme de dire à leurs élèves en début de cours qu'iels peuvent adapter si besoin, sinon iels n'osent pas forcément. » Donc on vous passe l'information ici : si vous avez besoin de faire un peu plus de pauses, calmer un peu le rythme, positionner différemment vos jambes ou faire une planche sur les avant-bras plutôt que sur les poignets, faites-le !

Le dernier point de vigilance est à l'attention des personnes qui ne sont pas obèses. « Le regard de l'autre est malheureusement une réalité » poursuit Claire Castagne. « Quoi que fassent les personnes grosses, elles sont jugées. Après des années de brimades, elle doivent apprendre à se faire confiance, faire confiance à leurs corps et retrouver des sensations agréables. » Ne soyez pas cette personne qui met à l'aise son/sa voisin·e de salle de sport en la fixant telle une grosse bête de foire, ou pire en lui glissant un commentaire non-sollicité au sujet de sa morphologie. Ce sont ces attitudes et ces propos qui découragent les personnes obèses à se (re)mettre au sport.

Pour résumer, l'obésité est une condition physique complexe. Elle ne peut pas être résumée au seul IMC ni examinée uniquement sous le prisme d'une maladie chronique (certain·es parlent même – à tort – d'épidémie). Il n'est pas question de nier les enjeux de santé qu'elle soulève, à commencer par la sédentarité, mais de garder à l'esprit qu'être obèse n'est pas une punition, et que les personnes obèses méritent la même bienveillance que celles au corps « standard ».

Lucie Inland

Journaliste

Journaliste indépendante et autrice, j'ai redécouvert les plaisirs du sport il y a quelques années et suis déterminée à participer à le rendre plus inclusif. Entre deux sujets de société, je me vide la tête grâce à une session de barre au sol, de Pilates ou de yoga.

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