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Salle de sport inclusive pour les personnes grosses : de quoi parle-t-on ?

Nous voulons que toute personne voulant pratiquer une activité sportive puisse le faire dans les meilleures conditions possibles, selon les objectifs qu'elle se fixe, tant qu'ils lui font du bien. Seulement voilà, la volonté ne suffit pas pour tout. Pour les personnes grosses, faire du sport, que ce soit en salle, à la piscine ou en extérieur, relève souvent du parcours du combattant.

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Notre rédactrice Lucie Inland vous livre son expérience, celle de Myriam (1), une autre femme férue de sport, et l'expertise de Claire Castagne, prof de yoga sous le nom de Yoga Ronde.

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Se sentir prête à (re)faire du sport

Ma relation au sport n'a jamais été simple. Entre une malformation osseuse de naissance corrigée au prix d'une lourde rééducation et la pression de cette fichue courbe de naissance dès l'école primaire, la pratique sportive me rappelait surtout que mon corps était différent et inférieur. J'ai pris des cours de danse pendant mon adolescence et au début de l'âge adulte, mais cette impression persistait.

Quand j'avais le temps et un accès à très peu cher, j'allais nager à la piscine municipale. Je voulais apprendre, tout simplement, et m'autoriser à profiter de ce moment en tant que femme grosse, sans m'en excuser. Une autre femme grosse venait régulièrement nager. Elle était si rapide et endurante !

Le déclic décisif a été, comme pour plein d'autres personnes, les deux confinements pour cause d'épidémie de Covid-19 en 2020. Après un an de restrictions de mobilité – et trop de travail pour aller régulièrement à la piscine – j'ai osé passer la porte d'une salle de sport à la fin de l'été 2021. J'avais 33 ans et un trac pas possible : et si je ne me sentais pas à ma place ? J'ai vite réalisé que non, je ne suis pas inférieure et j'ai le droit d'être différente car grosse.

« L'activité physique était une grande source de plaisir dans mon enfance », se rappelle Myriam, « Puis je l'ai évitée pendant longtemps, à cause de la honte et de la douleur d'avoir perdu en mobilité » suite à une prise de poids. Pour retrouver une bonne qualité de vie physique et mentale, la femme de 37 ans décide de se « rééduquer au mouvement » il y a une dizaine d'années. Désormais, elle ne conçoit plus sa vie sans.

« Le regard de l'autre est malheureusement une réalité », confirme Claire Castagne, « Quoi que fassent les personnes grosses, elles sont jugées. Après des années de brimades, elles doivent apprendre à se faire confiance, faire confiance à leur corps et retrouver des sensations agréables. C'est un super beau chemin à voir et accompagner. »

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Où aller et quels sports pratiquer ?

J'ai donc décidé de m'inscrire à une salle de sport, après une première visite qui m'a convaincue. Personne ne m'a regardé de travers - d'ailleurs, il y a des personnes d'âges et de morphologies variés - des coachs très accueillant·es qui ne m'ont jamais parlé de mon poids, et tout est compatible avec ma corpulence. J'ai aussi pu trouver des vêtements de sport à ma taille (48 ou 50 selon les coupes), en commandant en ligne.

D'autres personnes grosses n'ont pas cette chance. « Toutes les marques ne proposent pas de vêtements grande taille », soupire Claire Castagne, « Les tourniquets à l'accueil des salles ou les tapis de yoga ont une taille standard. Donc une personne très grosse, ou très grande, sera vite limitée. » Ce que confirme Myriam, qui pratique le yoga, ainsi que le basket santé, la natation et la marche : « Aucune marque technique de sport ne produit de vêtements à ma taille (64-66). Je dois donc acheter des pièces jamais bien faites ou confortables, et qui s'usent vite. Le pire : trouver un maillot de bain de natation. »

Myriam décrit aussi la douleur des tourniquets d'accueil, des rampes de tapis de course et des machines de musculation trop étroites, les échelles de piscine trop petites ou fragiles, les bancs de (dé)chaussage et les cabines de vestiaires exigus, les vélos ne supportant pas son poids. En somme, « La liste est longue. »

Côté pratique : je m'échauffe avec de la marche rapide sur un tapis de course, ou du vélo d'appartement semi-allongé, puis j'alterne entre yoga, barre au sol et Pilates. « L'avantage du yoga, c'est qu'il a très peu d'impact sur les articulations, à part certaines postures où l'on porte son poids », souligne Claire Castagne. D'autant plus qu'il est tout à fait possible d'adapter certaines postures pour mieux respirer ou se placer. « Il suffit parfois de pas grand-chose pour être plus à l'aise. J'enseigne toujours aux profs que je forme de dire à leurs élèves en début de cours qu'iels peuvent adapter si besoin, sinon iels n'osent pas forcément », précise l'experte.

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Profiter de la pratique sportive et renouer avec son corps

Pour Claire Castagne, le studio de yoga idéal est « spacieux, avec des grands tapis, ou même pas de tapis du tout, mais plutôt un sol un peu mou, comme des tatamis. Il y a plein d'accessoires à disposition : des chaises, des coussins, des couvertures, des briques. Et des profs correctement formés pour adapter leurs cours à tous les publics. » Il n'y aurait pas de miroirs aux murs, pas tant pour fuir son reflet - même si ça peut être intimidant quand on n'est pas à l'aise avec son image - mais pour « revenir à l'intérieur de soi et ressentir ses postures ». D'ailleurs, elle conseille de fermer les yeux pour rester concentré·e, « Si on ouvre les yeux, c'est comme être au cinéma avec la lumière allumée. »

Ça donne envie, non ? Et bien sûr, on retire les tourniquets à l'accueil, le tout dans une salle de sport en plain-pied afin de faciliter la circulation de tout le monde, avec de grandes cabines pour se changer et se doucher. Mais le plus grand chantier reste bien l'inclusivité. « J'ai fait tout un travail de recherches, notamment en regardant du côté des États-Unis et du Canada où les coachs ont pas mal d'avance sur le sujet, et j'essaie d'amener ça en France », explique Claire Castagne.

« Une autre réalité dans ma pratique : l'impact de l'absence d'autres personnes très grosses partout où je vais », confie Myriam. Impossible pour elle de partager ses expériences, ses bonnes adresses pour acheter des vêtements et du matériel ou pratiquer ses activités. Elle pointe aussi l'absence de représentation pour se penser en mouvement. « Au-delà du grand décalage entre ma réalité et la représentation que j'ai de moi-même, ça entretient souvent la sensation de mal faire certaines choses, alors que la morphologie a un impact direct sur certaines postures ou mouvement, tout simplement. »
Il y a aussi tous ces commentaires faussement bienveillants et encourageants dont Myriam se passerait bien pour profiter de ses activités sportives en paix. « C'est récurrent à la piscine. Les personnes très grosses sont tellement associées à l'incapacité physique que je suscite la surprise et l'admiration chez certaines personnes. Personne ne nous attend dans ces espaces, ni ne pense qu'on peut développer des capacités sportives avec notre morphologie. » Et ce ne serait que pour mincir, pas pour prendre du plaisir avec notre corps tel qu'il est, bien évidemment.

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J'ai mis longtemps à ne plus m'excuser d'être grosse et je ne suis pas sûre de toujours y arriver. Mais ce que je sais, c'est que pratiquer des activités sportives que j'aime, dans un cadre qui me fait me sentir bien, à mon rythme, gagner de la souplesse et de la force, me fait un grand bien. Je comprends que ça puisse faire peur à d'autres personnes grosses. Si aller en salle est trop compliqué et que c'est possible chez vous : c'est un excellent début. Je vous souhaite de trouver tout ce qu'il vous faut pour vous (re)mettre au sport.

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Lucie Inland

Journaliste

Journaliste indépendante et autrice, j'ai redécouvert les plaisirs du sport il y a quelques années et suis déterminée à participer à le rendre plus inclusif. Entre deux sujets de société, je me vide la tête grâce à une session de barre au sol, de Pilates ou de yoga.

Crédits photo : ©Louise Quignon

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