Autisme : comment choisir mon sport à l’âge adulte ?

Et si le sport devenait un plaisir, et pouvait également vous aider dans la gestion de votre autisme à l’âge adulte ? Maëva Roulin, psychologue clinicienne spécialisée en neuropsychologie au Genepsy, fondatrice du centre et ancienne athlète de haut niveau en escrime, vous donne toutes les clefs nécessaires pour choisir au mieux votre activité physique et éviter tout stress superflu.

Autisme : comment choisir mon sport à l’âge adulte ?

D’aussi loin que je me souvienne, le sport a longtemps constitué une véritable source d’angoisse à mes yeux. Moi, c’est Val Leroy, rédactrice chez Conseil Sport et journaliste, 29 ans, toutes mes dents et un diagnostic officiel d’un trouble du spectre de l’autisme et trouble déficit de l’attention avec hyperactivité à mon actif. C’est au moment de ce diagnostic que j’ai compris : le problème, ce n’était pas moi, mais les sports qui m’étaient imposés. Eh oui, surprise (ou non), les troubles du spectre de l’autisme peuvent avoir une incidence sur votre appréciation d’un sport ou le rejet d’un autre. 

L'autisme, qu'est-ce que c'est ?

Le trouble du spectre de l’autisme est un trouble du neurodéveloppement persistant tout au long de la vie”, précise l’experte, “celui-ci se traduit notamment par des difficultés de communication et d’interaction sociale, des comportements, activités ou intérêts et mouvements dits restreints et répétitifs”. Autant d’éléments à prendre en compte dans votre choix d’activité sportive, pour que votre pratique vous procure autant de plaisir que de perspectives de progression.

Côté sport, si l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) recommande 2,5 à 5 heures d’activité physique modérée ou 1,25 à 2,5 heures d’activité physique soutenue par semaine, Maëva Roulin indique que les niveaux d’activité physique des personnes atteintes de troubles du spectre de l’autisme (TSA) sont “significativement inférieurs” à ceux de leurs pairs neurotypiques, que ce soit durant l’enfance, ou à l’âge adulte. Pourtant, comme pour les personnes neurotypiques (ndlr : personnes n’ayant aucun trouble du neurodéveloppement, comme l’autisme), la pratique sportive peut profiter aux adultes autistes de multiples manières. Proprioception, socialisation, force, endurance… Voilà autant de domaines dans lesquels progresser à votre rythme via le sport.

Autisme : quand le sport aide à la socialisation

L’enfer, c’est les autres” résumerait plutôt bien mon rapport au sport durant l’adolescence et mes débuts dans la vie adulte. Pas seulement à cause de mes difficultés à comprendre les propos implicites ou à communiquer avec les personnes autour de moi, mais aussi parce que le collectif peut être un sacré catalyseur de ma différence : je vois bien que les autres sont à l’aise dans leur pratique, et ça m’angoisse, donc ça me bloque. Et si ça me bloque, alors je ne prends plus aucun plaisir à me dépenser.

Un diagnostic et de longues réflexions plus tard, j’ai enfin trouvé les pratiques sportives qui me correspondent. Parce que oui, “lorsqu'ils sont conçus de manière appropriée, les programmes d'activité physique peuvent offrir un cadre amusant et sécuritaire pour interagir avec d'autres personnes”, détaille Maëva Roulin, “en d'autres termes, ils peuvent offrir d'excellentes opportunités pour développer les compétences sociales”. Les personnes à TSA qui participent à des programmes d'activité physique peuvent ainsi observer une amélioration de leurs compétences sociales et communicationnelles.

Si l’on parle de troubles du spectre de l’autisme, c’est aussi parce que les formes de l’autisme sont diverses et variées, et les personnes concernées par celui-ci peuvent avoir des besoins et des limites bien différentes. Ainsi, si le contact social n’est vraiment pas votre point fort, Maëva Roulin conseille plutôt de vous tourner vers les sports impliquant des animaux (équitation ou course à pied accompagné.e de votre chien, entre autres exemples). “Les activités impliquant des animaux peuvent offrir une façon amusante d'interagir non verbalement et verbalement”, souligne l’experte. Et je ne peux que confirmer, avec l’appui de mes deux boules de poils.

Autisme : comment choisir mon sport à l’âge adulte ?

Autisme : le sport, atout force et endurance

Il ne suffit pas de travailler sa socialisation pour pouvoir profiter d’une activité physique en groupe, encore faut-il également atteindre le niveau d’endurance et la force nécessaires. Or, “nous savons, grâce à des études antérieures, que les personnes autistes ont tendance à avoir une force musculaire et une endurance inférieures à celles typiques de leur âge”, rappelle Maëva Roulin, “la force et l'endurance sont importantes non seulement pour la santé physique, mais aussi pour profiter des opportunités sociales qui impliquent une activité physique, y compris les sports récréatifs et les jeux non structurés”.

Encore une fois, les personnes autistes ne sont ni aveugles, ni déconnectées du monde, et peuvent facilement se comparer à d’autres personnes. Constater que notre niveau n’atteint pas celui de nos compagnon·nes sportif·ves peut, de fait, générer un certain stress, parfois difficile à gérer émotionnellement. Travailler sa force et son endurance, c’est donc réduire le risque d’exposition à cette source d’anxiété, et favoriser une socialisation plus douce.

Les bienfaits du sport sur l'autisme

Non, les portes du monde sportif ne vous sont donc pas fermées, loin de là, et les bénéfices d’une activité physique sont nombreux pour les personnes autistes, toujours selon la psychologue clinicienne Maëva Roulin :

• La flexibilité, l'équilibre, l'agilité et la force augmentent
• Les comportements stéréotypés peuvent diminuer après une séance de sport.
• L'exercice cardiovasculaire est bénéfique pour le cœur, les poumons et le système circulatoire d'une personne, ce qui affecte l'endurance. L'exercice cardiovasculaire est important pour les personnes autistes, non seulement pour leur condition physique et les bienfaits qui en résultent pour la santé, mais aussi parce qu'un exercice cardiovasculaire vigoureux peut contribuer à réduire les comportements inappropriés.
• Les activités cardiovasculaires peuvent également contribuer à réduire l'anxiété et la dépression, chez les personnes autistes.

Comment choisir un sport adapté à mon trouble du spectre de l’autisme ?

Maëva Roulin conseille avant tout de se faire accompagner d’un.e professionnel·le de santé dans son choix. “Le psychomotricien peut aider à mieux comprendre les particularités sensorielles, ce qui contribuerait à mieux choisir votre activité”, souligne-t-elle, “si une activité parait peu adaptée, avant de l’exclure des possibilités, un travail sur des stratégies compensatoires devrait être envisagé. Utiliser un casque antibruit pendant la marche au parc, par exemple.”

Attrait pour les écrans, manque de partenaires sensibilisés et opportunités adaptées restreintes sont autant de raisons qui poussent les personnes autistes, qu’elles soient enfants ou adultes, à se détourner de la pratique sportive. Pourtant, il existe des leviers pour susciter votre intérêt et retrouver goût à l’exercice physique. Vous pouvez jouer sur ce que l’on appelle les intérêts restreints, soit cette passion que vous avez pour un univers ou un domaine bien particulier. De fait, si vous êtes passionné.e de feuilles d’arbre, pourquoi ne pas vous lancer dans des balades régulières en forêt ? Si la mécanique est votre passion, le vélo peut vous correspondre ! Bref, il existe des liens directs et des ponts entre vos intérêts restreints et le sport.

Pour y aller progressivement, voici une série d’étapes permettant d’intégrer in fine le sport dans votre quotidien.

Autisme : comment choisir mon sport à l’âge adulte ?

Étape 1 : opter pour une mobilité douce

• Marchez (ou courez) à l'école ou au travail ou une partie du chemin
• Promenez votre chien (si vous en avez un, évidemment)
• Pendant les publicités télévisées, vous pouvez faire une activité rigoureuse comme les sauts avec écart
• Faites d'une sortie, seul·e ou avec vos proches, une activité régulière après le souper. Si vous pouvez y aller à pied, c'est encore mieux.

Vous pouvez augmenter graduellement le temps consacré aux activités choisies pour finalement atteindre l’heure d'activité physique quotidienne recommandée par l’OMS.

Étape 2 : trouver le sport adapté à vos besoins

On ne vous dit pas que vous trouverez LE sport adapté du premier coup. Donnez-vous le temps de tester plusieurs possibilités avant de vous engager dans une pratique bien définie. Ainsi, vous pourrez déterminer ce qui vous plait, et ce qui vous ne met pas dans les conditions idéales pour apprécier la pratique sportive. Plusieurs critères pourront vous êtres utiles :

• Est-ce que le caractère collectif de ce sport me met mal à l’aise ?
• Est-ce que le côté compétitif de cette discipline est adapté à mes troubles anxieux ?
• Est-ce que les contacts physiques me dérangent ?
• Est-ce que ce sport se pratique dans un environnement bruyant ?
• Les étapes des séances sont-elles claires et bien définies ?

Du ping-pong à la natation, du vélo à l'équitation, il existe une multitude d'activités physiques à essayer”, explique Maëva Roulin, “l’idéal serait de participer à une ou plusieurs activités modérées à vigoureuses, impliquant des interactions sociales, une ou plusieurs autres personnes, comme le tennis ou l’escrime, mais aussi des activités individuelles, comme une routine de fitness à domicile ou de yoga”.

La clarté du déroulé d’une séance peut être primordiale pour certaines personnes autistes.La plupart d'entre nous ont besoin de routine, et cela semble être particulièrement vrai pour de nombreuses personnes autistes”, note Maëva Roulin, “construire une structure régulière et prévisible favorisera l’engagement dans une activité physique. Par exemple, il est possible de créer un calendrier visuel, une carte à tâches. Les démonstrations physiques et vidéos s'avèrent souvent très utiles”. Ainsi, en musculation, l’usage de repères visuels, de schémas explicatifs et de programmes illustrés peut encourager la capacité de personnes concernées par l’autisme à s’exercer de manière complètement autonome.

Étape 3 : devenir le moteur de votre entourage 

On le sait, la neuroatypie peut mener à une marginalisation des personnes concernées par celle-ci, et les adultes autistes n’échappent pas à cette malheureuse réalité. Si les deux étapes précédentes ont été franchies avec succès, et que vous vous sentez à même de pousser l’expérience plus loin encore, vous pouvez désormais éblouir un entourage trop protecteur ou peu sensibilisé, en entrainant vos proches dans votre pratique sportive. L’occasion pour vous de montrer vos progrès, et pour eux de découvrir votre univers.

Bien que les difficultés de coordination semblent être une particularité présente chez un certain nombre de personnes autistes, cela n’empêche pas certains de développer un potentiel, d’apprécier une gamme de sports et parfois même d’exceller dans certains d’entre eux !”, conclut Maëva Roulin. S’il faut effectivement croire en soi pour favoriser sa réussite, trouver l’environnement adéquat pour s’épanouir, dans le sport comme dans la vie de manière plus générale, c’est aussi la clé du succès et de l’estime de soi ! 

Autisme : comment choisir mon sport à l’âge adulte ?

VAL

JOURNALISTE - RÉDACTRICE WEB

Journaliste société, passionnée de réseaux sociaux (la Twitter fever, tu connais) et de sport. À mes heures perdues, on me retrouve sur une barre de pole dance ou sous la barre de hip thrust, ça dépend des jours.