realaxe : « Le skate est émancipateur dans le sens où il est un moyen de se dire “je suis capable” »

L'interview de Sophie Berthollet, co-fondatrice de Realaxe, association à but non-lucratif, dont l'objectif est d'inspirer, d’éduquer et de soutenir les filles pratiquant le skateboard.

« Le skate est émancipateur dans le sens où il est un moyen de se dire “je suis capable” »

L’association Realaxe est née en 2014 d’une envie simple, celle de voir les femmes pratiquer le skate sans se poser de questions, juste pour le fun et le plaisir. Pour cela, l’association propose des sessions, cours, ateliers et événements qui contribuent au développement du skate féminin et donc à l’enrichissement de la culture skate. Sophie Berthollet, co-fondatrice de Realaxe nous en dit plus.

Quand et pourquoi as-tu commencé le skateboard ?

Le skate m’a attiré très tôt, autour de mes 10 ans, avec des influences cinématographiques comme Retour vers le futur et la fameuse scène où Marty McFly échappe au gang de Biff grâce à un skateboard ! Mais je me suis surtout mise au skate à l’âge de 20 ans avec mon meilleur ami et un groupe de copains avant d’arrêter durant quelques années. Aujourd’hui j’ai 39 ans, j’ai repris un peu avant mes 30 ans de façon plus régulière quand j’ai intégré V7 Distribution le principal distributeur de skate en France pour lequel je suis responsable d’un corner skate dans l’un de leurs magasins.

C’est le côté fun du skateboard qui m’a attirée, l’esprit de liberté, le fait de pouvoir se déplacer sans contrainte, d’être dans le présent. Puis avec une pratique plus régulière, j’ai découvert d’autres facettes du skateboard que sont le dépassement de soi, l’apprentissage sans fin, les objectifs et défis que l’on se fixe à soi-même mais aussi toutes les rencontres que ce sport offre.

On est certes seule sur la planche, mais on partage énormément sur les spots de pratique, on s’entraide, on se donne des conseils, on parle de tout et de rien.

« Le skate est émancipateur dans le sens où il est un moyen de se dire “je suis capable” »

Comment est né Realaxe ?

L’origine de Realaxe doit remonter à l’adolescence, je voulais faire du skate et j’étais un peu introvertie à l’époque. Il y a un mec du lycée qui disait que le skate n’était pas fait pour les filles, et ça n’est pas passé. Quelques années plus tard, quand j’ai repris le skate avant mes 30 ans, il n’y avait quasiment aucune fille sur les spots. Lorsque j’en croisais, je trouvais ça génial de pouvoir partager ma passion avec d’autres nanas.

Avec des copines, on s’est alors dit  qu’on allait organiser un événement le temps d’un week-end pour rassembler les skateuses. C’était en septembre 2014 et ça s’appelait le Realaxe Girl Week-End. Au début, on voulait un événement annuel, puis on s’est constitué en association et nous avons développé des événements réguliers.

On cherchait un nom en français mais malheureusement nous n’avons pas trouvé, donc on s’est rabattu sur l’anglais ! Il y a « real » pour souligner que dans le skate on se présente comme on est, sans fard, peu importe le style, l’âge, le milieu social, etc. Et « axe » pour caractériser les axes du skate. Derrière « realaxe », il y a aussi les aspects de liberté, de cool attitude.

Et maintenant vous avez un lieu à vous ?

Oui nous avons eu un créneau à l’Espace de glisse 18 de la porte de la Chapelle, ce qui nous a permis de proposer des cours de deux heures chaque mardi soir. Depuis 2020 nous avons aussi des créneaux associatifs au skatepark de Charonne et les Realaxe Girls Session continuent de tourner à plein régime. Il nous arrive d’être plus de 40 rideuses le dimanche. Aussi, je tiens à préciser que nos sessions sont ouvertes aux garçons, l’idée n’a jamais été de cloisonner, si une nana veut venir rider avec un ami c’est bien évidemment possible !

Quels sont les outils de Realaxe pour développer la pratique du skate féminin ?

Après le Realaxe Girl Week-End, nous avons créé les Realaxe Girls Session tous les premiers dimanches du mois. L’idée était de se retrouver régulièrement et de partir à la découverte des différents skateparks de la région parisienne parce que nous n’avions pas de lieu à nous ! Une fois par an, au printemps, on allait découvrir un skatepark plus lointain, nous sommes allés à Lille, au Mans, à Reims…

« Le skate est émancipateur dans le sens où il est un moyen de se dire “je suis capable” »

Comment se passe une Realaxe Girls Session ?

Le matin on propose des cours gratuits histoire de mettre le pied à l’étrier et de découvrir l’association et l’après-midi c’est session libre. On fait aussi des petits ateliers spécifiques, par exemple si les filles veulent apprendre à monter un trottoir en skate, on leur montre comment faire et on les accompagne.
L’esprit de partage et de bienveillance sont à la base du projet, toutes les filles sont les bienvenues, qu’elles soient en jupe, en pantalon, en brassière, en baggy, on s’en fout, l’idée c’est d’être ensemble et de s’amuser.
On reçoit beaucoup de messages de filles qui disent « j’aimerais bien m’y mettre mais j’ai peur, je n’ose pas faire le premier pas, et j’ai déjà 30 ans », on leur répond de venir, d’essayer, qu’elles ont ici un espace dédié pour débuter tranquillement, et qu’elles vont peut-être rencontrer d’autres filles avec qui potentiellement elles vont pouvoir skater dans leur quartier ou dans le skatepark du coin. C’est ça l’idée c’est de créer des rencontres, de casser les barrières. L’association a été créée pour ça, pour dire aux filles « vous êtes capables ».

Où en est le skate féminin aujourd’hui ?

C’est en train d’exploser, moi qui travaille dans le milieu du skate depuis 2009, avant au magasin, lorsqu’il y avait une fille c’était déjà pas mal, aujourd’hui, il y a des journées où il y a plus de femmes que d’hommes qui viennent acheter des planches. Depuis un an et demi, deux ans, il y a énormément de filles qui veulent se mettre au skate. Le skate est à la mode, les filles portent du oversize, la mode street culture est à chaque coin de rue.
Il y a les championnes qui influencent beaucoup de monde via les réseaux sociaux mais aussi les femmes débutantes qui se filment et montrent leur progression, ça donne envie à beaucoup de filles de se lancer. Aujourd’hui les jeunes filles qui se mettent au skate, s’y mettent comme si c’était du basket-ball ou autre chose, c’est hyper positif !
le skate est aux J.O., c’est une manière d’être un peu plus légitime, les gens doivent quand même se rendre compte que c’est un véritable sport. Lorsque l’on essaye de rentrer une figure, on transpire, on a des courbatures, c’est très physique. On le voit dans le haut niveau, les skateur·se·s sont super affûté·e·s, ça fait vraiment travailler tout le corps. Donc même si cette entrée aux J.O.  ne plaît pas à tout le monde dans le milieu,  ça peut être que positif pour la reconnaissance du skate en tant que sport.

Quel est l’aspect émancipateur du skate ?

Eh bien justement le skate est émancipateur dans le sens où il est un moyen de se dire « je suis capable » que l’on soit un mec ou une nana. Capable de rouler, de faire des courbes, de rentrer des figures, de rider au skatepark, bref, peu importe le niveau de pratique, il est un moyen de prendre confiance et de s’améliorer.
Je compare souvent le skate avec la gymnastique. Dans les deux sports, on enchaîne des figures et dans les deux sports, il y a beaucoup de travail pour réaliser des enchaînements. Le skate nous permet de bien saisir que si l’on veut vraiment quelque chose, c’est possible de le faire à condition de s’entraîner dur, c’est une bonne leçon pour la vie de tous les jours.

C’est décourageant parfois, mais l’échec fait partie du jeu, on apprend à tomber, on rate la plupart du temps, mais il ne faut pas s’arrêter là. L’échec construit le plaisir à venir. Et dans les bons jours, on se dit qu’on est capable, qu’on va y arriver et « paf » on y arrive, c’est très psychologique !
Ces petites victoires ouvrent des perspectives.

« Le skate est émancipateur dans le sens où il est un moyen de se dire “je suis capable” »

Si je veux apprendre le chinois, devenir avocate ou autres, avec le travail, l’entraînement, c’est possible, dans le skate c’est pareil. Comme dit mon copain, skateur lui aussi, « le skate, c’est l’école de la persévérance ». Et cette persévérance, on se l’impose tout·e seul·e, parce qu’on a envie d’y arriver, on a envie de faire telle ou telle figure et le jour où on y arrive c’est feu d’artifices !
Et rapidement, on cherche à apprendre de nouvelles choses, une nouvelle figure, un nouvel enchaînement ou même refaire la même figure dans un autre spot, c’est infini ! Tout cela, ça se fait avec d’autres personnes, on se rencontre, on échange, on s’entraide, bref, ça émancipe !

On cherche à donner de la confiance, plus de visibilité et changer la perception qu’elles peuvent avoir de leur corps pour que le monde du skate profite pleinement de l’apport des femmes.

pour aller plus loin :
le skate féminin, enfin !

Les femmes montent sur les planches pour se déplacer, s’entourer, s’oublier, se faire peur, se réjouir et servir un sentiment de liberté qu’elles empoignent à l’égal des hommes.
Pourtant, les skateuses doivent toujours se jouer de certaines résistances pour pratiquer sans retenue et ainsi contribuer à ce que le « girl power » circule comme sur des roulettes.

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