Sur le bord du terrain, à l’entrée du gymnase ou sur la ligne d’arrivée, ils et elles sont partout... Qui ? Les bénévoles du sport, pardi !
C’est une joyeuse tribu qui, discrètement mais sûrement, fait tourner la machine, et empêche qu’elle ne se grippe. Qu’il vente ou qu’il neige, à longueur d’année, soirs et week-ends compris, ils et elles sont là : à l’arbitrage, derrière le bar de la buvette ou à la trésorerie. A la table du jury, à l’infirmerie et au ravitaillement. Dans les gradins, sur le bord du terrain, à l’entrée du gymnase ou sur la ligne d’arrivée. Bref, ils et elles sont littéralement partout... Ils et elles ? Les bénévoles du sport, pardi !
Sans eux, difficile d’imaginer à quoi ressemblerait exactement le paysage sportif français. Une chose est sûre : il ferait grise mine, tant leur soutien est devenu indispensable aux associations et clubs de l’hexagone. Un chiffre résume seul leur contribution : selon une étude du Centre de recherche sur les associations, l’engagement des bénévoles du sport représenterait, sur le terrain et chaque année, l’équivalent de… 260 000 équivalents temps plein* !
Un rôle clé qui fait d’ailleurs l’unanimité à tous les niveaux, du plus amateur au plus professionnel. « Si mes coéquipiers et moi-même sommes arrivés à l'élite de notre sport, c'est grâce aux associations sportives, aux clubs, aux bénévoles », rappelait ainsi en août dernier le basketteur français et tout frais vice-champion olympique, Evan Fournier, au lendemain des derniers JO.
*source https://www.associations.gouv.fr/IMG/pdf/prouteau_resume.pdf
Si nos sports et sportifs sont si bien entourés, c’est d’abord parce que le bénévolat est, en général, une valeur sûre en France. La culture de l’engagement désintéressé y est solidement ancrée : selon une étude de l'Ifop pour Recherches et Solidarités, 13 millions de personnes sont bénévoles. Cela représente 25% des Françaises et des Français, tout de même !
Le sport est d’ailleurs plutôt gâté : il est traditionnellement l’un des secteurs qui attire le plus de citoyen•nes engagé•es.
Au total, les quelque 175 000 associations sportives françaises bénéficient du soutien de près de 3 millions de bénévoles. Par exemple, le seul football amateur profite de 400 000 âmes dévouées, estime la FFF.
Des performances qui placent le sport sur le podium des secteurs les plus attractifs : selon le Centre de recherche sur les associations, il est le troisième motif d’engagement derrière « la défense de droits, de causes, d’intérêts » et l’engagement « social – caritatif – humanitaire ». Concrètement, cela signifie que 10% des bénévoles français le sont dans la sphère sportive.
Côté fonctions, elles sont ultra variées : animation, support technique ou administratif, accompagnement, participation aux jurys, direction, support logistique et organisationnel, arbitrage, etc.
Futurs bénévoles… c’est LE moment de vous lancer ! Car la crise sanitaire a fortement fragilisé les associations et clubs sportifs.
Certes, une vague de solidarité sans précédent a déferlé sur la France lors du premier confinement. Certaines plateformes, comme Tous Bénévoles, ont vu le nombre d’inscrits doubler en 2020. L’envie de se rendre utile a beaucoup fédéré.
Mais cet élan n’a pas concerné tous les secteurs. Dans une enquête menée en avril 2021 par le Mouvement associatif, 61% des associations interrogées déclaraient ainsi avoir perdu des revenus mais aussi le contact avec une partie de leurs bénévoles… Pour les spécialistes, l’une des raisons tient à ce que beaucoup des bénévoles « âgés », inquiets pour leur santé et par le risque de contamination, se sont mis en retrait. Au total, près de 40% des bénévoles associatifs auraient même suspendu leur engagement depuis que sévit l’épidémie…
Le sport, en particulier, souffre. D’une part, il n’a pas vraiment profité de l’élan citoyen de 2020 : il était lui-même confiné, et donc hors de portée. De l’autre, il a pu être considéré par certain.es comme non essentiel ou moins prioritaire au moment de choisir un engagement de terrain. La santé ou la précarité ont dès lors davantage mobilisé.
Reste, toutefois, un motif d’espoir : si les ainé•es sont plus frileux•ses, les jeunes, eux, prennent activement le relais. Dans le sport comme ailleurs, on assiste à un puissant rajeunissement du bénévolat. Illustration avec les moins de 35 ans : leur taux d’engagement associatif est passé de 16% en 2010 à … 22% en 2019. Une tendance qui s’accélère : les sociologues notent et analysent déjà l’émergence d’une « solidarité intergénérationnelle » depuis le début de la crise sanitaire.
S’impliquer comme bénévole, c’est d’abord une affaire de valeurs communes : joie d’agir et de s’activer, plaisir trouvé dans le partage et l’échange, mais aussi fierté de faire partie d’un élan collectif bienveillant.
C’est, en somme, un moyen de vivre différemment son engagement et de développer un autre rapport au sport. Alternative à la seule pratique sportive, le bénévolat permet, d’abord, de s’inscrire dans la transmission aux générations suivantes : transmission de l’esprit du jeu, des valeurs humaines, de savoir-faire.
Le bénévolat permet, aussi, de découvrir l’envers du décor de son sport lors des grands événements sportifs. La communauté des runners bénévoles sait par exemple bien de quoi l’on parle ici… elle qui répond présente à la moindre occasion : chaque année, c’est grâce à ses 3 000 bénévoles que peut exister le marathon de Paris. Idem pour celui de Nice (1 600 bénévoles en moyenne), de Toulouse (1 400), de Nantes ou de La Rochelle (1 300). C’est l’occasion, pour beaucoup de bénévoles, de découvrir les coulisses et d’être témoins d’exploits et de beaux moments de sport.
Le bénévolat, c’est également (on n’y pense pas forcément) pouvoir garder le contact avec un sport que l’on ne peut parfois plus pratiquer. Soit que l’on se soit blessé, soit qu’on devienne un peu trop âgé ou que la santé nous l’interdise. S’engager aux côtés des pratiquants est un moyen de ne pas abdiquer, et de conserver intacte sa passion.
Et puis, last but not least, le bénévolat sportif crée, enrichit et entretient les liens…
Le bénévolat, en effet, produit de petites merveilles en matière de lien social.
S’activer ensemble et autour de valeurs altruistes augmente la confiance en soi, celle dans les autres, mais aussi l’inclusion sociale et la qualité des relations interpersonnelles.
Des scientifiques l’ont même démontré… Une équipe de chercheurs de l’Université de Harvard a par exemple analysé les données et témoignages de près de 13 000 citoyens américains sur la notion d’engagement. Les résultats furent sans ambiguïté : le bénévolat protège contre « les sentiments de solitude, de dépression et de désespoir ». « Notre esprit et notre corps sont récompensés lorsque nous donnons aux autres », concluait le chercheur principal de l’étude, Eric S. Kim.
Des chercheurs de l’Institut de recherche en sciences psychologiques y ont trouvé que le bénévolat était bon pour la santé, physique et psychique. Selon leurs résultats, les bénévoles se sentent en meilleure forme que les non-bénévoles, ils vont moins chez le médecin et consomment moins d’antidépresseurs. Ne reste plus qu'à s'engager !
Marie-Hélène Mine, médecin spécialisé en maladie mentale diagnostique, traite et tente de prévenir la souffrance psychique et les maladies mentales.
Elle nous parle de l'impact du sport sur notre esprit.