QU’EST-CE QUE LE SYNDROME DE L’ÉPAULE DU NAGEUR ?

Les douleurs à l’épaule sont communes dans le domaine de la natation. Découvrez ce qui se cache derrière ce syndrome de l’épaule du nageur.

QU’EST-CE QUE LE SYNDROME DE L’ÉPAULE DU NAGEUR ?

Le “syndrôme du nageur” a été décrit pour la première fois en 1978 afin de nommer une douleur à l’avant de l’épaule, pendant et après l’effort. C’est un mal relativement fréquent chez les nageurs confirmés et les compétiteurs. C’est d’ailleurs le premier motif de consultations chez les nageurs de compétition !

Ce n’est pas un syndrome à prendre à la légère. En effet, une douleur d’épaule sévère peut entraîner des gênes sur le long terme pour les nageurs confirmés, voire une fin de carrière précoce pour un sportif de haut niveau. Il est donc important de bien comprendre les causes de ces douleurs et de les anticiper afin de pouvoir agir en amont. En clair, gardez en tête que la prévention vaut mieux que la guérison !

En quoi consiste ce “syndrome du nageur” ? Quels muscles et articulations sont impliquées ? Comment prévenir ces douleurs ? Suivez-moi, je vous explique tout pas à pas.

QUELS NAGEURS ET QUELS TYPES DE NAGES SONT CONCERNÉS ?

Il existe deux types de personnes atteintes du syndrome de l’épaule du nageur : les personnes pathologiques (qui ont mal) et les personnes conflictuelles (qui n’ont pas de douleur).  Des études montrent que la proportion de personnes pathologiques serait de :
- 27% chez les nageur·ses de niveau inférieur
- 52% chez les nageur·ses d’élite

En fonction de son niveau, un·e nageur·se nage entre 2 et 13 kilomètres par jour, soit entre  2 000 et 10 000 mouvements complets au niveau des membres supérieurs. Cette sur-sollicitation des muscles et des articulations s’associe bien souvent à un temps de repos faible et à un manque d’étirements. C’est ainsi que des douleurs à l’épaule peuvent survenir…

Les nages les plus touchées par ce syndrome sont naturellement celles qui sollicitent beaucoup les épaules, dans des amplitudes extrêmes. On parle donc principalement du crawl, du papillon et du dos crawlé.

UN PETIT POINT D’ANATOMIE

C’est là qu’il faut suivre attentivement… Promis, je vais faire le plus simple possible pour vous faciliter la compréhension !

Au niveau de l’anatomie de l’épaule, il y a plusieurs choses à distinguer : les os et les muscles (ce sont eux qui constituent nos articulations). L’articulation de l’épaule est l’une des plus instables du corps mais également la plus mobile. Les différentes articulations vous permettent de bouger vos bras dans presque tous les sens, avec des amplitudes très importantes. L’épaule a donc une extrême mobilité, ce qui est un atout sur certains points mais qui a également pour conséquence d’avoir des difficultés de stabilité. En effet, au vu de la grande implication de l’épaule dans des activités sportives telles que la natation, sa stabilité n’est pas toujours assurée. Cela peut ainsi amener à des traumatismes, dont le syndrôme de l’épaule du nageur que je vais vous détailler.

QU’EST-CE QUE LE SYNDROME DE L’ÉPAULE DU NAGEUR ?

L’anatomie de l’épaule :

L’épaule comporte 3 os : la clavicule, l’humérus et la scapula (pas de panique, c’est juste le petit nom scientifique de l’omoplate).

Au niveau de l’épaule, la clavicule et l’acromion forment une sorte de plateau. En dessous se trouvent des muscles, qui sont rattachés à ce plateau. Un des muscles qui nous intéresse pour comprendre le syndrome et qui est particulièrement impliqué dans les mouvements de natation est le muscle du deltoïde. En dessous du deltoïde, il y a un os : l’humérus. La tête de l’humérus rentre dans une cavité, ce qui permet à cet os d’être stable. La particularité de l’épaule est que la cavité est petite par rapport à la tête de l’humérus. Cela permet d’avoir une grande amplitude de mouvement mais au contraire, peu de stabilité.

Le deltoïde est un muscle puissant, quand il se contracte afin de lever le bras, il va se raccourcir et ainsi tirer l’os de l’humérus. Ce dernier subit alors une force qui le tire vers le haut. C’est entre autres, le mécanisme qui vous permet de lever votre bras.

Les articulations de l’épaule :

L’épaule possède un nombre d’articulations très élevé (5 au total). Vous pouvez souffler un bon coup : je ne vais pas vous expliquer le rôle de chacune d’entre elles ! Pour comprendre le syndrôme de l’épaule du nageur, vous n’avez besoin de connaître que 2 articulations : la scapulo-humérale et la scapulo-thoracique.

L’articulation scapulo-humérale se compose de la tête de l’humérus et de la scapula. Quel est son rôle ? Elle permet tout simplement de lever le bras jusqu’à 90°. Et pour aller plus loin que 90° alors ? C’est l’articulation scapulo-thoracique qui prend le relais. En bref, c’est la scapula qui bouge sur le thorax grâce à un effet de glissement, permettant de lever le bras.

Plusieurs muscles sont également sollicités lors de ces actions, notamment les trapèzes. Ils maintiennent la scapula et jouent donc un rôle majeur dans cet effet de glissement qui vous permet de lever le bras.

QU’EST-CE QUE LE SYNDROME DE L’ÉPAULE DU NAGEUR ?
QU’EST-CE QUE LE SYNDROME DE L’ÉPAULE DU NAGEUR ?

La stabilisation de l’épaule :

La stabilité active représente la stabilité essentielle lors de vos mouvements de bras. Elle est musculaire. Elle est donc assurée par un ensemble de muscles et de tendons que l’on appelle la coiffe des rotateurs.

Souvenez-vous, lorsque vous levez votre bras, le deltoïde va tirer l’humérus vers le haut. Les muscles de la coiffe des rotateurs viennent alors stabiliser la tête de l'humérus en contrant sa montée. Parmis ces petits muscles, on retrouve le muscle infra-épineux. Il a un rôle de rotateur externe mais également de stabilisateur en empêchant l’humérus de trop remonter.

LE CONFLIT SOUS-ACROMIAL

Les troubles musculo-squelettiques (TMS) sont des douleurs ou des gênes dans vos mouvements. Le trouble musculo-squelettique principal du nageur ou de la nageuse est le conflit sous-acromial (CSA). Ce conflit sous-acromial n’est autre que… Le nom scientifique du syndrôme de l’épaule du nageur ! Que l’on emploie l’un ou l’autre de ces termes, on veut en fait parler du même conflit : une diminution de l’espace sous-acromial.

Souvenez-vous, pour lever votre bras, le deltoïde (muscle) se contracte et tire vers le haut l’humérus (os). L’espace entre la tête de l’humérus et l’acromion se retrouve alors comprimé. C’est là que le conflit apparaît ! En effet, dans cet espace, appelé espace sous-acromial, se trouve un muscle, le supra-épineux, qui est alors comprimé et cisaillé. En bref, il n’a pas l’espace qu’il devrait pour lui permettre de bien fonctionner. Il y a alors rapidement un conflit entre l’humérus et l’acromion… D’où le nom de conflit sous-acromial. ;)

Mais alors, par quoi est provoquée cette réduction de l’espace sous-acromial ? On identifie deux facteurs principaux, qui viennent se cumuler :
- Un déséquilibre du ratio rotateurs internes / rotateurs externes de l’épaule,
- Une stabilité active trop faible par rapport à la puissance des muscles moteurs.

QU’EST-CE QUE LE SYNDROME DE L’ÉPAULE DU NAGEUR ?

Les muscles rotateurs internes et externes :

Avant toute chose, faisons ensemble un petit point de vocabulaire pour être sûrs de ne perdre personne en cours de route : les rotateurs internes et externes sont des muscles stabilisateurs, ils font partie de la coiffe des rotateurs et aident à la stabilisation active de l’épaule. Chez les nageurs, c’est le ratio de force entre ces rotateurs internes et externes qui peut se trouver déséquilibré, favorisant ainsi les douleurs à l’épaule et le fameux conflit sous-acromial.

Nous allons nous intéresser à 3 muscles impliqués dans ce conflit : les deltoïdes, les pectoraux et les rotateurs internes. En natation, ces muscles sont extrêmement sollicités. En crawl, vos rotateurs internes permettent par exemple de maintenir vos appuis et sont mobilisés sur chaque mouvement. En bref : pas de répit pour vos rotateurs internes lorsque vous nagez. À l’inverse, les rotateurs externes ne sont que très peu sollicités, et donc très peu musclés, ce qui crée un déséquilibre.

Concernant nos muscles rotateurs, il est normal d’avoir ceux de devant plus forts que ceux de derrière. Idéalement, l’équilibre à avoir entre nos rotateurs internes et externes est de 1,5. Le ratio se calcule ainsi : force des rotateurs interne / force des rotateurs externes. Chez les nageur·ses, ce ratio de force est augmenté en faveur des rotateurs internes, car la force des rotateurs internes augmente avec la natation. Il y a donc un déséquilibre.

La puissance des rotateurs internes par rapport à celle des rotateurs externes provoque :
- Une modification de la posture : les épaules en avant et le dos rond. En effet, les rotateurs internes et les pectoraux deviennent trop forts et parfois trop raides (car manque de souplesse), ce qui tire naturellement la tête de l’humérus vers l’avant et vers le haut. Cette posture du dos rond et des épaules en avant peut se retrouver par exemple chez certains nageur·ses de haut niveau.
- L’apparition de tensions, notamment au niveau des trapèzes, pour que vous gardiez la tête et le regard droit, durant la vie quotidienne.

La stabilité de l’épaule :

Vous vous souvenez du rôle du muscle infra-épineux ? Mais si, ce petit muscle qui fait partie de la coiffe des rotateurs. Il a un rôle de stabilisateur et empêche ainsi l’humérus de trop remonter dans sa cavité, dès que vous levez votre bras. Le problème, c’est que chez les nageur·ses, ce muscle est très peu impliqué dans les mouvements de nage. Il est donc trop peu sollicité et n’est pas assez musclé pour contrer la force des muscles moteurs. Il y a donc un déséquilibre.

QU’EST-CE QUE LE SYNDROME DE L’ÉPAULE DU NAGEUR ?

COMMENT DÉTECTER LE SYNDROME DU NAGEUR ?

Plusieurs tests fonctionnels permettent d’identifier le conflit. Parmi eux, il y a le C-test qui permet de visualiser le CSA, de l’évaluer mais également d’effectuer un suivi. Je vous explique.

Placez votre main sur votre épaule opposée, votre petit doigt doit être au niveau de l'acromion. L’objectif est simple : levez votre coude le plus haut possible.

Les points importants à respecter pour que le test soit valide : la paume de votre main ne doit pas se décoller de votre épaule ; votre thorax doit être bien droit ; votre tête ne doit pas s’avancer vers votre coude.

La norme d’amplitude se situe à 130° par rapport à la verticale du buste. Si vous avez le syndrome de l’épaule du nageur, alors votre coude va être bloqué à plus ou moins 90° (votre bras sera parallèle au sol et formera donc un angle droit par rapport à votre buste). Une douleur peut également se faire ressentir lors de ce test.

Il y a plusieurs choses à prendre en compte pour comprendre et diagnostiquer ce trouble. Il existe deux types de patients : le cas pathologique (ou symptomatique) et le cas conflictuel (ou asymptomatique). Dans le cas où le trouble est pathologique, la personne a bien le conflit et elle ressent la douleur à l’épaule. Dans le cas où le trouble est conflictuel, c’est plus subtil, la personne a le conflit mais elle n’a pas mal. Il y a donc de nombreuses personnes qui sont atteintes de ce trouble… Sans le savoir ! À noter qu’une personne qui se retrouve bloquée lors du C-Test et qui est non pathologique peut être sujet à développer la pathologie plus tard.

QU’EST CE QUI FAVORISE L’APPARITION DE LA PATHOLOGIE ?

Eh bien, la nage en elle-même favorise l’apparition de ce syndrome. Nager entraîne forcément une grande répétition de mouvements, dans des amplitudes très importantes. Multiplier la fréquence avec la force et avec l’amplitude peut donc favoriser l’apparition de ce conflit. Mais, rassurez-vous, toutes celles et ceux qui côtoient les bassins n’ont pas forcément de douleurs à l’épaule !

Plusieurs études ont permis de mettre en avant des facteurs qui favorisent l’apparition de douleurs à l’épaule, révélatrices d’un potentiel syndrome de l’épaule du nageur. Voici les facteurs principaux :

- Le surentraînement : Effectuer des mouvements très répétitifs, de manière récurrente et sans grand temps de repos est le premier facteur de risque lié au développement de la pathologie. Preuve à l’appui : les nageur·ses élite sont plus touchés par ce syndrome que ceux ayant un niveau intermédiaire.

- Des mauvaises techniques de nage : Une rotation axiale inadéquate, une entrée de la main dans l’eau qui croise la ligne médiane du corps ou bien avec le pouce vers le bas… Les exemples sont variés mais retenez simplement qu’un patron de nage incorrect peut favoriser l’apparition de la pathologie. Cependant, ces défauts techniques sont trop importants et grands pour qu’un·e nageur·se élite les gardent durant sa carrière. Ce facteur concerne donc principalement les nageur·ses de niveau intermédiaire.

- Un matériel inadapté : On peut par exemple citer les plaquettes de natation qui viennent augmenter vos appuis dans l’eau lorsque vous nagez. Une surutilisation de ce type de matériel peut favoriser l’apparition de douleurs. Pas de panique donc si vous ne les sortez qu’une fois par mois. On parle bien ici d’une utilisation importante et récurrente, voire excessive, de ce type de matériel. À noter également : avant l’achat de plaquettes de natation, nous vous recommandons de vous assurer que vous n’avez pas le syndrome de l’épaule du nageur !

- Un déséquilibre métabolique : Ce dernier facteur ne concerne pas votre nage mais plutôt votre vie quotidienne ! On s’intéresse ici plus particulièrement à l’alimentation. Il a en effet été prouvé qu’une alimentation trop acide pouvait favoriser le développement des tendinopathies.

Bien que la nage soit un sport extrêmement bénéfique pour la santé physique et mentale, sa pratique peut, dans certaines circonstances, être impliquée dans l’apparition de douleurs. En effet, le syndrome de l’épaule du nageur est bien connu au bord des bassins ! La prochaine fois que vous en entendrez parler, vous pourrez désormais partager vos connaissances avec vos compagnons de ligne. ;)

Souvenez-vous de l’adage : la prévention vaut mieux que la guérison ! Il est donc important de garder en tête les bons gestes à adopter afin d’éviter au maximum que des douleurs apparaissent. Cependant, si ce mal s’installe, découvrez dès à présent notre article sur le traitement de vos douleurs à l’épaule !

QU’EST-CE QUE LE SYNDROME DE L’ÉPAULE DU NAGEUR ?

MARIE

RÉDACTRICE DECATHLON

Passionnée de danse, férue des salles de fitness, grande adepte des bassins et apprenti yogi, quand je ne pratique pas de sport, j'aime écrire autour de son histoire et de ses bienfaits !

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